CADHP : Pourquoi Ouattara a perdu la bataille d’Arusha avec Ally Coulibaly et Sansan à la manœuvre


La CEDEAO aurait été un terrain acceptable pour le régime ivoirien. A la CADHP et auréolé par sa petite victoire sur le PDCI-RDA, Ouattara et le RHDP ont cru tenir le bon bout. Mais que ‘’NON’’. Une analyse de Chris Yapi.


La Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) a, le 22 avril 2020, ordonné à la République de Côte d’Ivoire, la suspension immédiate du mandat d’arrêt lancé contre Guillaume Soro ainsi que les mandats de dépôt de certains de ses compagnons politiques de GPS, dont 5 députés. La Cour a aussi ordonné la libération de l’ensemble de ceux-ci, tous embastillés depuis le lundi noir du 23 décembre 2019.

Le Président Alassane Ouattara, bien que retranché dans sa résidence pour cause de Covid-19 est très vigilant et suit tous les dossiers de la République avec attention, surtout que la paranoïa s’est emparée du sommet de l’État. Vous imaginez que s’il y a bien un dossier qui le préoccupe au plus haut point, c’est bien celui de Guillaume Soro. Bien qu’ayant mobilisé 75% de l’énergie et des ressources des services de renseignements ivoiriens pour le traquer, il n’est tout de même pas serein. Ajoutez à cela le fait que l’ambitieux Ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, a fait du cas Soro une épouvante gagnante pour ses propres intérêts.

En effet, ce futé Ministre en a fait un fonds de commerce. D’une part, il tient en laisse le Président à qui il ne manque aucune occasion de dire qu’il a encore découvert la preuve d’un coup d’État imminent de la part de Soro. D’autre part, il tente de se maintenir et d’agrandir son influence dans le cercle restreint du Président Ouattara, dont il s’est récemment senti exclu, en se présentant comme l’antidote à Guillaume Soro.

Mais, revenons au dossier judiciaire Guillaume Soro vs État de Côte d’Ivoire. Le Président Ouattara sur ce dossier était un homme serein. Il avait pris toutes ses dispositions et précautions. Il n’était inimaginable, en aucun cas, que le grand État de Côte d’Ivoire puisse perdre un procès face à un individu, qui plus est, en exil et esseulé, le pensait-il. La sérénité du président était d’autant plus débordante que le volubile Ministre de la Justice, Sansan Kambilé l’avait apaisé en affirmant que le camp Guillaume Soro ne pouvait que perdre. Le Ministre de la Justice citera pour preuve le dossier de la Francophonie (APF) dans lequel les mallettes d’argent avaient servi à convaincre les Présidents d’Assemblée nationale membres d’empêcher Guillaume Soro d’accéder à la Présidence de cette institution.

En réalité, le Président Ouattara avait souhaité que les avocats de Guillaume Soro saisissent la Cour de justice de la CEDEAO. L’affaire aurait été plus simple à gérer. ADO aurait appelé tous les Présidents des pays membres de la CEDEAO et les aurait instruits de tordre le cou au droit. Il lui aurait suffi de demander à leurs représentants de donner des coups de canif aux textes de loi et ainsi inverser le verdict de la Cour de la CEDEAO.

Imaginez-vous les Présidents Macky Sall du Sénégal ou IBK du Mali dire non à Ouattara ? Il faut avouer que le super Président Ouattara maîtrise la CEDEAO et que les Chefs d’État lui obéissent au doigté à l’exception de Buhari du Nigeria et d’Embaló, le Petit Poucet de Guinée-Bissau dont il a tenté vainement d’empêcher l’accession au pouvoir. Aucun dossier judiciaire présenté à la CEDEAO ne peut prospérer dans ces conditions. Aussi, les avocats de M. Soro ont-ils été bien inspirés d’aller en justice auprès de la CADHP à Arusha. Si Ouattara est le Champion de la CEDEAO, il n’en est pas de même sur tout le continent !

Alors, quand le Ministre Sansan Kambilé est venu dire au Président Ouattara qu’il avait besoin de moyens financiers supplémentaires pour gérer le dossier judiciaire de Guillaume Soro, c’est sans hésitation que le Président Ouattara a instruit son jeune frère Téné Birahima Ouattara d’y pourvoir.

ADO était donc imperturbable et sûr de lui, puisque les ministres Sansan Kambilé de la Justice et Ally Coulibaly, intérimaire aux Affaires étrangères lui avaient unanimement dit que le dossier était un acquis. Je dirais même qu’ADO était très sûr de lui, car jusqu’à présent tous les plans qu’il avait échafaudés pour imposer son dauphin putatif Amadou Gon auguraient bien.

D’abord, le Président Gbagbo et Charles Blé Goudé, dont les procès sont toujours en cours à la CPI, ont été condamnés par contumace en Côte d’Ivoire à 20 ans de prison chacun. Ce qui les écarte définitivement de la course. Ensuite, Guillaume Soro a été contraint à l’exil, puis poursuivi par le régime Ouattara, ce qui était censé l’écarter lui aussi de la présidentielle.

Entretemps, la Constitution a été modifiée sur mesure, tout comme le Code électoral et la Commission Électorale Indépendante (CEI) est totalement acquise au RHDP.

L’assurance et la suffisance de Ouattara étaient d’ailleurs renforcées par le fait que la Cour de justice de l’Union Africaine (UA) avait auparavant débouté l’opposition représentée par le PDCI-RDA, dans sa requête liée à la réforme insuffisante de la CEI.

Vous comprenez maintenant pourquoi Alassane Ouattara a dormi sur ses deux oreilles concernant cette saisine de la CADHP par les avocats de Guillaume Soro. C’est donc les bras ballants que le Président Ouattara considérait, en écoutant ses deux ministres, qu’il pouvait dormir les poings fermés. Pour lui, l’affaire Soro vs République de Côte d’Ivoire était fixée, bouclée et gérée.

Alors, on peut imaginer le traumatisme créé par cette décision quand elle a été notifiée à l’Ambassadeur de la Côte d’Ivoire auprès de l’Union Africaine à Addis-Abéba. C’est ce dernier qui en a fait transmission à son Ministre intérimaire chargé des Affaires étrangères, Ally Coulibaly. Connaissant les humeurs noires de son Président, Ally Coulibaly a tenté de gérer le dossier sans en informer directement son patron par crainte de se faire rabrouer, mais surtout de peur de mettre un terme rapide à son intérim au ministère des Affaires étrangères ! Poste qu’il a toujours guetté et pour lequel ADO l’a fait tant languir. Il savait que révéler la décision de la Cour Africaine en l’état, c’est dire adieu à ce ministère.

Voilà pourquoi, il a remué ciel et terre pour faire modifier cette décision : il a appelé les avocats, la CADHP, le secrétariat du Président de la Cour, etc., mais il n’a pu avoir personne. Il a tout fait pour trouver des voies et moyens permettant de renverser cette décision. Peine perdue. Les magistrats d’Arusha ne sont sous l’influence d’aucun Président de la République ni d’aucun pays. Ce sont des magistrats aguerris et intègres qui ont déjà résisté aux pressions d’autres Chefs d’État tels que Kagamé, Kenyatta et même à celles du Président de la Tanzanie, là où se trouve le siège de la Cour.

En plus, aujourd’hui, les réseaux sociaux vont très vite. L’ordonnance du 22 avril avait déjà été publiée sur le site internet de la CADHP. L’information ainsi rendue publique était donc déjà parvenue au Président Ouattara avant que les ministres Sansan Kambilé et Ally Coulibaly ne se décident à l’informer. Comme vous pouvez l’imaginer, ADO est aussitôt rentré dans une colère hystérique, menaçant de virer ces deux ministres du gouvernement, allant jusqu’à les traiter d’incompétents. La colère du Président se serait surtout dirigée contre Sansan Kambilé qu’il trouve menteur.

Estimant que la décision de la Cour Africaine était une offense, le Président Ouattara a décidé de retirer sans autre forme de procès l’État de Côte d’Ivoire de la CADHP. Instructions furent données au Ministre Ally Coulibaly pour en étudier les modalités. Mais, après examen fait par les experts des deux ministères « défaillants », il fut établi que le processus de retrait de la CADHP prendrait au moins une année et cela ne changerait rien aux décisions déjà rendues ou à venir entretemps. Cette conclusion est venue aggraver le courroux de Ouattara qui, depuis lors, ne décolère pas. On nous rapporte qu’il ne fait pas bon d’avoir un rendez-vous avec lui ces jours-ci. Ce qui contraint les deux ministres en défaillance à raser les murs du palais. Je vous ai déjà dit qu’un procès était prévu pour juger Guillaume Soro et ses compagnons en à la fin mars, mais le Covid-19 en a un peu retardé la tenue. Disons que tout le calendrier du Président Ouattara a été chamboulé par la pandémie. Il était prévu qu’après la désignation du candidat Gon, ce dernier entrerait immédiatement en campagne. Ainsi, pour clouer au pilori le moral des partisans de l’opposition, Guillaume Soro serait jugé à la va-vite et on le passerait par pertes et profits.

Malheureusement pour eux, ils n’avaient pas compté avec Dieu, car il est vrai que l’homme propose et Dieu dispose. L’étau se resserre un peu plus sur le clan Ouattara. Prendra-t-il le risque d’entamer un bras de fer avec la Communauté internationale ?

Wait and see.


Chris Yapi

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CADHP : Pourquoi Ouattara a perdu la bataille d’Arusha avec Ally Coulibaly et Sansan à la manœuvre

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