CÔTE D’IVOIRE : Candidat à la présidentielle de 2020, qu’est-ce qui fait courir Henri Konan Bédié ?


Au moment où Henri Konan Bédié, Président du PDCI-RDA, a candidaté à la candidature à la prochaine convention pour porter le flambeau du PDCI-RDA à la présidentielle d’octobre 2020, que dire de l’homme ? A 86 ans, le sphinx de Daoukro se sent pousser des ailes.  D’aucuns le présentent comme un revanchard quand d’autres l’assimilent à un rancunier. Mais qui est cet homme qui à jamais demeure un mystère.  


Après avoir, selon son habitude, gardé le silence et entretenu le suspense, Henri Konan Bédié brigue l’investiture du PDCI pour la présidentielle d’octobre. À 86 ans, le Sphinx se sent pousser des ailes. Le rêve de toute une vie va-t-il être exaucé ? De tous les poids lourds de la scène politique ivoirienne, Henri Konan Bédié est le plus âgé. Ambassadeur, maire, ministre, président de l’Assemblée nationale, chef de l’État… Il a tout fait, tout connu. Pourtant, à 86 ans, il demeure un mystère, y compris pour ceux qui le côtoient depuis des années. On le dit placide et distant, joueur et séducteur. Mais comment comprendre un homme qui ne parle pas, ou si peu, qui s’applique à ne jamais rien laisser transparaître de ses émotions ? Certains disent du silence qu’il est l’arme des puissants. Bédié, lui, en a fait un art. Le 20 juin, il a officialisé sa candidature à l’investiture du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), dont la convention aura lieu à la fin de juillet, trois mois avant la présidentielle. S’il a tenu à entretenir le suspense jusqu’au bout, les jeux étaient déjà faits. Les 4 et 5 juin, les critères d’éligibilité avaient éliminé une bonne partie des autres prétendants éventuels. Tout s’est fait lors d’un bureau politique dont le déroulement aura parfaitement résumé l’emprise qu’exerce Bédié sur le PDCI, un parti profondément rural, au fonctionnement quasi soviétique. « Quand il convoque un bureau politique ou organise un congrès, c’est qu’il est déjà terminé », analyse un cadre du PDCI. Les jours précédents, les jeunes loups avaient affûté leurs lames. Les fameux critères d’éligibilité avaient fuité dans la presse. Patrice Kouassi Kouamé, député de Yamoussoukro, et Yasmina Ouégnin, élue à Cocody, ont eu beau crier au scandale, rien n’y a fait. « En vérité, beaucoup étaient en désaccord avec ces critères, explique un baron du parti. Mais – et c’est typique du PDCI – au moment de voter, tout le monde s’est rangé derrière Bédié. Trop de gens lui doivent leur poste. Et puis chez nous, les Akans, on préfère se taire plutôt que d’humilier le chef ». À LIRE Côte d’Ivoire – Henri Konan Bédié : « Redevenir président ? Ce serait une revanche » Ce jour-là, le Sphinx de Daoukro portait une chemise vert et blanc, aux couleurs du PDCI, et une visière de protection contre le coronavirus, frappée de ses initiales. Il a pris place à la tribune, a prononcé son « discours d’orientation », puis, tel un suzerain s’adressant à ses vassaux, s’est retiré pour « permettre un débat serein ». « Bédié donne parfois l’impression d’être méprisant et suffisant, reconnaît un ancien proche. Mais c’est surtout parce qu’il a conscience de sa supériorité. » Si Henri Konan Bédié règne en maître sur l’ancien parti unique, c’est d’abord parce qu’il le finance depuis des années. C’est aussi parce qu’il en est l’un des membres les plus anciens. Il a prononcé son premier discours en 1965, est devenu son président en 1993, à la mort de Félix Houphouët-Boigny. Depuis, tous ceux qui ont tenté de le chahuter, de Laurent Dona Fologo à Alphonse Djédjé Mady en passant par Charles Konan Banny, Kouadio Konan Bertin ou Patrice Kouame Kouadio, s’y sont cassé les dents.


Inflexible


À chaque fois, le Sphinx est parvenu à contrecarrer leurs plans. Quand, en 2013, de jeunes ambitieux qui lorgnent sa succession contestent son leadership en interne, Bédié demeure in1exible. Malgré la fronde, il abolit la limite d’âge pour diriger le parti, en modi.e l’organigramme, supprime le poste de secrétaire général – lequel était jusque-là élu – au pro.t d’un secrétaire exécutif, nommé par lui-même. Depuis, il choisit aussi les membres du bureau politique, dont il modèle la composition à sa guise. À LIRE Côte d’Ivoire : Henri Konan Bédié rompt avec la coalition présidentielle En 2018, la brouille avec Alassane Ouattara, puis le départ de nombreux cadres du PDCI pour le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) marquent un tournant. Le président et lui ne se parlent plus qu’en de rares occasions. Bédié n’a pas digéré que sa parole soit publiquement mise en cause. Il s’est senti humilié quand le chef de l’État a a-rmé ne lui avoir jamais promis son soutien pour une candidature PDCI en 2020. Dattes et Montecristo n°5 L’épisode a laissé des traces. Bédié s’est résolu à consulter davantage, notamment les ambitieux Jean-Louis Billon et Thierry Tanoh. Paradoxalement, il en est sorti renforcé : dans cette adversité nouvelle il a trouvé une seconde jeunesse. Se posant comme l’unique garant de la survie d’un parti a/aibli, il est parvenu à instiller l’idée que le retour au pouvoir du PDCI passe irrémédiablement par lui, alors même que, lors de la campagne de 2010, il se disait trop vieux pour prétendre à plus d’un mandat… « Je veux reprendre le pouvoir pour le parti et compte sur sa jeune garde pour le gérer », con.e-t-il en privé. « Tout le monde n’est pas convaincu que Bédié est la meilleure option, mais il y a eu une sorte de deal générationnel, résume un cadre du mouvement. Le PDCI a préféré reporter à l’après-présidentielle le règlement des con1its internes. L’heure est à l’union sacrée pour mettre le pouvoir actuel dehors ». « Bédié a oublié de vieillir », entend-on régulièrement au siège du PDCI. En Côte d’Ivoire, et pas seulement au sein de son parti, le Sphinx continue de susciter une forme d’incompréhension. « Bédié est un homme sur qui beaucoup se méprennent. Les gens ont toujours considéré qu’on lui avait apporté le pouvoir sur un plateau d’argent. Or, il l’a désiré très tôt et s’est battu pour lui en permanence. Comme aujourd’hui. Mais c’est une ambition saine », estime l’historien Frédéric Grah Mel. À LIRE Côte d’Ivoire : pour Thierry Tanoh et Jean-Louis Billon, la politique est une a(aire de famille


Depuis, il n’a qu’une obsession : récupérer ce qu’Houphouët lui avait laissé : le pouvoir


Les tenants du pouvoir le disent « sénile » et « grabataire ». Le 19 octobre 2019, quand il est pris d’une quinte de toux alors qu’il prononce un discours sur la place Jean Paul II, à Yamoussoukro, un long frisson parcourt la foule. « Je suis en meilleure santé que tous mes adversaires », rétorque l’orateur à ceux qui émettent des doutes sur sa capacité à exercer un poste à responsabilité. Les dangers du cigare, qu’il a commencé à fumer lorsqu’il était ambassadeur aux États-Unis, dans les années 1960 ? « Je n’avale pas », répond-il, taquin. À l’en croire, les Montecristo n°5 et les dattes sont même les secrets de sa longévité. L’ancien président tient rarement plus de trois heures en réunion, mais il a toute sa tête. On l’oublie parfois, mais il fut un brillant intellectuel, un étudiant engagé, parfois turbulent, que ses camarades surnommaient « l’empereur » pour sa manie d’imiter Napoléon Bonaparte, et un militant de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Grand lecteur, il peut encore se prévaloir d’une belle plume, que l’on dit concise. « Lorsqu’on lui présente un texte à valider, il le lit d’abord à haute voix, puis fait deux séries de corrections avant de vous le remettre », raconte l’un de ses collaborateurs. Tous les matins, après une séance de kiné et un peu de repos, il entame une longue série d’audiences. À Daoukro, où il possède de vastes plantations (1 000 hectares d’hévéa, de café, de cacao et de pâturages), on vient d’un peu partout pour le voir et, souvent, pour le solliciter financièrement. Cela fait des années que sa fortune supposée suscite tous les fantasmes et que circule cette rumeur – jamais vérifiée et qu’il a toujours démentie – d’une fête qu’il aurait organisée dans les années 1970 pour célébrer son septième milliard de francs CFA. Sa villa n’a pourtant rien de fastueux. Elle compte deux salles d’attente : l’une pour les invités annoncés, l’autre, pour ceux qui débarquent à l’improviste. Le cérémonial est toujours le même : le chef du protocole, Romain Yao Porquet, conduit le visiteur soit dans son petit bureau soit dans un salon où trônent d’imposantes défenses en ivoire. Il le présente et lui donne la parole. Bédié écoute, un cigare à la bouche. Si l’hôte est chanceux, le chef acquiesce, lâche quelques mots. Et appuie sur une sonnette, lui signifiant d’un simple « merci » qu’il peut disposer.

Depuis, il n’a qu’une obsession : récupérer ce qu’Houphouët lui avait laissé : le pouvoir. Pour son parti ou pour lui-même. Les résultats du premier tour de la présidentielle de 2010 sont….

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CÔTE D’IVOIRE : Candidat à la présidentielle de 2020, qu’est-ce qui fait courir Henri Konan Bédié ?

par Civnewsafrik temps de lecture: 7 min
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