SITUATION POLITIQUE : ” œuvrons pour une véritable réconciliation avant de parler d’élection “, Dominique Adjé


Membre fondateur du Rassemblement Des Républicains (RDR), Dominique Adjé n’a pas cru bon arrimer ses convictions politiques à la vague du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix. Il a préféré prendre ses distances en créant un nouveau cadre d’expression : Pour la République et la Démocratie (PDR). Une formation politique qu’il entend présenter à sa base électorale ce samedi 21 décembre 2019 à Bouaflé. CIVNEWSAFRIK.NET l’a rencontré pour vous.  Acte I d’un entretien qui en compte deux et où le président du PRD plaide pour une réconciliation nationale avant toute élection. 


CIVNEWSAFRIK : Pouvez-vous nous dire monsieur le Président pourquoi Pour la république et la Démocratie (PRD) ?


Dominique ADJE, PRD
 : Le Pour la République et la Démocratie (PRD) est un parti politique créé depuis Janvier 2019 après le passage du RDR au RHDP. Je fus ancien militant du RDR, j’ai mené la lutte avec tous mes amis d’aujourd’hui, et nous avons refusé d’aller au RHDP pour plusieurs raisons.

Nous avons estimé que le RDR étant déjà créé, c’était un parti qui avait déjà ses bastions sur l’ensemble du territoire, une bonne couverture nationale, on ne jugeait pas nécessaire de créer un nouveau parti pour engloutir le RDR. Vu les actions multiples qui nous ont animés à adhérer au RDR, nous avons jugé bon de continuer cette lutte et ses actions, notamment la lutte contre le tribalisme, contre la xénophobie, qui sont les éléments qui nous amené à adhérer au RDR. Et surtout, contre l’injustice qui a frappé Alassane Ouattara pendant longtemps.

Avant l’avènement du RDR nous étions au PDCI-RDA, et nous avons ensemble voulu voir la Côte d’Ivoire dans la seule direction là où Houphouët l’avait engagé. C’était dans ce sens-là que nous avons voulu mettre en exergue les facultés qui nous ont été inculquées par Félix Houphouët-Boigny, qui nous a amené à adhérer bien-sûr au RDR.

Le RDR après sa prise de pouvoir dans les conditions que vous-même vous savez, a géré pendant plus de 09 ans, et je pense que le mandat du président Ouattara arrive à son échéance. Nous avons estimé que la passe devrait être faite à une nouvelle équipe. Vous le constatez aujourd’hui, le ballet dans lequel nous vivons. Nous ne voulons pas accompagner ce ballet-là. Parce que nous considérons que la Côte d’Ivoire est un pays de paix, d’amour et de tranquillité. Et l’esprit qui nous a animé en venant au RDR, devrait être le même type d’esprit qui nous anime pour la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui.

CIVNEWSAFRIK : Pourquoi avoir refusé d’aller au RHDP pour ensuite créer Pour la République et la Démocratie au lieu de vous battre pour sortir et conserver le RDR ? Les objectifs du RDR n’étaient-ils plus nobles ?

Dominique ADJE, PRD : Vous savez, les lignes qui nous ont amené à adhérer au RDR ont été biaisées. Dans la gestion du pouvoir, ces lignes n’ont pas été celles que nous avions souhaitées.

CIVNEWSAFRIK : Qu’est-ce que vous voulez dire ?

Dominique ADJE, PRD : Ce que je veux dire, c’est que les promesses faites aux Ivoiriens n’ont pas été celles-là mêmes que nous avons respecté au RDR.

Il était donc important que nous continuions dans la même direction afin de pouvoir satisfaire les Ivoiriens dans la ligne des promesses que nous avons faites. 

Quand vous voyez aujourd’hui la cherté de la vie, c’était le socle de la campagne de Ouattara, aujourd’hui rien n’a changé, rien n’a évolué. Ce qu’on attendait de Ouattara, c’était de donner la possibilité à chaque Ivoirien de pouvoir manger à sa faim, et de pouvoir vivre aisément. Et au finish nous avons compris que cela n’a pas été le cas. Parce que nous avons lutté surtout pour le panier de la ménagère, pour les conditions de vie des Ivoiriens. Il ne s’agit pas de bâtir des routes, de construire des immeubles, mais il y avait un point fondamental, qui était l’humanisme. Malheureusement, cela a été biaisé. Au finish nous retournons au point de départ, puisqu’à la fin de son mandat, nous revenons encore sur ce même point, la cherté de la vie.

CIVNEWSAFRIK : Est-ce que vous êtes en train de dire comme l’Ivoirien de Yopougon : on attendait avec Ouattara la richesse de tous les Ivoiriens, mais aujourd’hui c’est un clan qui mange ?

Dominique ADJE, PRD : Écoutez, j’ai été le conseiller du président Ouattara pendant plus de 16 ans. Depuis l’opposition jusqu’au pouvoir. J’ai pu interpeller le président à plusieurs reprises sur cet aspect. Mais force est de constater que rien n’a changé. Ça veut dire que mon message n’a pas été entendu et suivi. A partir de l’instant où votre message n’est pas suivi vous faites quoi ? J’ai créé la rupture, et c’est cette rupture qui a amené le PRD.

CIVNEWSAFRIK : Quelle est la vision du PRD ?

Dominique ADJE, PRD : Le PRD est un parti politique ivoirien, qui mène un combat pour l’humanisme, pour permettre aux Ivoiriens de vivre aisément, pour lutter contre la cherté de la vie, pour l’éducation, et pour une véritable démocratie en Côte d’Ivoire. Parce que vous le constatez très bien, l’un des pans de la politique du président Alassane Ouattara, celui que nous attendions qui n’a pas été du tout effleuré, c’est la réconciliation entre les ivoiriens. Vous savez que le pouvoir a été pris dans le sang, et après une crise post-électorale qui a fait des morts. Il était important, qu’une réconciliation se fasse entre les Ivoiriens, afin que nous voyons la Côte d’Ivoire dans une projection lointaine, une vision politique sur le long terme. Mais malheureusement aujourd’hui rien n’est encore visible. La preuve, il est même difficile de parler d’élection aujourd’hui. Personne ne peut prendre le pari et vous dire : ‘’écoutez d’ici octobre nous irons aux élections sans difficultés.’’ Moi je vous qu’au PRD, nous ne voyons pas les choses ainsi. Raison pour laquelle dès la création du PRD, nous avions immédiatement demandé une transition politique, nous avons même été les premiers a sonné le glas pour dire qu’il faut une transition politique.


CIVNEWSAFRIK : Pourquoi une transition politique ?

Dominique ADJE, PRD :  Parce que nous savons que la vision de ce pays doit être projetée sur le long terme.

Mais pour tout ivoirien aujourd’hui cette vision est projetée sur le court terme, sur une élection, où nous savons que dans les jours à venir nous risquons de vivre des moments tragiques, et cela se lit dans le quotidien.
Vous voyez cette CEI mise en place. Une CEI qui ne prend ses forces qu’au RHDP, qui ne prend ses décisions qu’au RHDP, composée que de militants RHDP ; comprenez qu’aucun citoyen n’accepterait une CEI dirigée par un parti politique. Si nos aînés ont lutté pour qu’il y est une démocratie en Côte d’Ivoire, c’est parce qu’ils ont souhaité qu’il y est une transparence dans les affaires de l’État. Mais force est de constater qu’aujourd’hui nous faisons un retour à l’époque des années 80. Des années 80 à un parti unique, je crois qu’aujourd’hui pour tout démocrate, ce n’est pas ce que nous attendions.

CIVNEWSAFRIK : Le PRD est pour la transition, parce qu’il refuse cette CEI-RHDP, quels sont vos propositions ?

Dominique ADJE, PRD : Notre proposition c’est la transparence dans la gestion des affaires publiques. Nous voulons une CEI qui ne soit pas commanditée par un parti politique. C’est la première chose qu’il faut mettre en place pour que les Ivoiriens se retrouvent à travers un organe qui va gérer et réguler une élection.
Mais bien avant la mise en place de la CEI, il faut mettre en œuvre la réconciliation nationale. Nous avons toujours dit une chose, les calculs politiques ne nous amèneront nulle part. 
Retenez encore qu’aujourd’hui Gbagbo est en prison. Même s’il est en liberté provisoire, il ne peut pas rentrer chez lui, alors qu’il est un élément essentiel, dans la vie politique ivoirienne. Quand vous avez été chef d’État et que vous aviez eu des suiveurs, ça veut dire que vous comptez dans le système. Nous avons toujours dit qu’il est important qu’avant cette élection, Alassane Ouattara, Bédié, et Gbagbo se retrouvent pour redonner confiance aux Ivoiriens, pour amener les ivoiriens à vivre ensemble, pour amener les ivoiriens à s’aimer, parce que notre passé proche avec 3000 morts, reste encore gravé dans l’esprit de tout ivoirien.

Qui a fait quoi ? Allons-y à une vérité et réconciliation. C’est le premier élément qu’il faut mettre en œuvre avant de parler d’élection. La transition va donc être nécessaire pour l’harmonie nationale, pour le bien-être des Ivoiriens. Nous sommes pressés pourquoi ? Pressés pour une élection où nous savons que nous allons récolter mille bagarres ? Des morts ? Des conflits à n’en point finir ? Nous disons ‘’non’’ au PRD.

Réconciliations-nous, revoyons les institutions mises en place pour réguler les élections. Voilà ce que le PRD demande.

CIVNEWSAFRIK : A vous entendre, vous embrassez les récriminations de la coalition de l’opposition ?

Dominique ADJE, PRD : Je suis opposant, je suis dans l’opposition, même si je n’ai pas adhéré jusqu’à ce jour à une plateforme politique. Parce que je ne participe pas à une plateforme pour faire tomber un candidat. Moi je suis dans l’opposition, mais une opposition consensuelle pour l’intérêt national, et c’est ça le PRD. Le PRD est la voix des sans voix, ceux qui souffrent dans leurs chairs, ceux qui estiment que les choses doivent changer dans ce pays.

CIVNEWSAFRIK : Comment justifier alors votre visite au président Bédié ?

Dominique ADJE, PRD : Une visite normale, le président Bédié a été pour moi un conseiller, un père. Je suis très proche du président Bédié. Donc après la création du PRD, il était important que je parte vers lui pour lui exprimer toute l’admiration que je lui porte, et lui dire que je suis dans l’arène politique et que je me mets à sa disposition. Cela je l’ai fait pour le président Ouattara, je suis allé le rencontrer. Il est pour moi depuis de nombreuses années un père, parce que nous avons été proche de lui, il nous a pris comme ses enfants, mais quand un enfant grandi, il construit sa maison et un jour il va dans sa maison. C’est la raison pour laquelle nous avons créé le PRD.

CIVNEWSAFRIK : Vous organisez ce samedi 21 décembre 2019 à Bouaflé, dans la Marahoué, la rentrée politique de votre parti, le PRD.  Qu’est ce qui va se passer exactement ?  

Dominique ADJE, PRD :  Nous avons fait le lancement officiel le 15 Juin dernier à Abidjan dans un hôtel de la place. Ce fut une très belle cérémonie qui a réuni plus de 6000 personnes. Nous sommes au stade de l’implantation maintenant. Et c’est pour ça que nous organisons la rentrée politique du PRD dans la Marahoué qui est mon bastion politique, ce 21 Décembre 2019. Cela se prépare avec sérénité. Mais je tiens à vous informer que nous sommes implantés sur l’ensemble du territoire aujourd’hui, et nous travaillons pour l’animation de la vie du parti, un peu partout sur le territoire. Et nous aurons d’autres rassemblements avant le congrès qui va décider des grandes lignes pour l’élection présidentielle, et la nouvelle ligne à suivre pour l’intérêt du parti.
Donc l’étape de Bouaflé est une étape importante pour nous, puisque le président du PRD est le député de la commune de Bouaflé. Une étape qui sera aussi importante est celle de Yamoussoukro, qui est la ville de notre père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne. C’est là-bas que se fera le congrès en 2020. Et je crois que ce congrès en 2020 nous permettra de jauger notre capacité à aller à une élection présidentielle.  C’est à Yamoussoukro que le PRD va présenter son candidat à l’élection présidentielle.


Entretien réalisé par Georges KOUASSI

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