GUILLAUME SORO A ‘’Le Figaro’’: « Ouattara est en train de procéder à une entourloupe digne de Poutine pour se faire nommer vice-président»


Depuis son exil parisien, Guillaume Soro, 47 ans, le ton assuré et le verbe percutant, et comme à l’accoutumée refuse de reculer devant les obstacles. Notamment Alassane Ouattara qui l’empêche de rentrer dans son pays et d’être candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2020.  Celui qui a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat sait que ce combat semble être le plus important et n’a pas d’égal. Et pourtant, les deux hommes ont été très proches, compagnons de route même. Guillaume Soro a contribué à l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, il y a dix ans, avant de devenir son premier ministre puis le président de l’Assemblée nationale. C’est un député en exil forcé qui s’est exprimé dans les colonnes du Figaro: « Alassane Ouattara est en train de procéder à une entourloupe digne de Vladimir Poutine quand, en 2008, ce dernier s’est fait remplacer par Dmitri Medvedev à la tête de la Russie avant de revenir à la présidence en 2012 », déclare-t-il


Parti de la Côte d’Ivoire cinq mois plus tôt, Guillaume Soro avait voulu retrouver les siens le 23 décembre dernier. A l’atterrissage l’attendait un mandat d’arrêt que le déroutement de son avion lui a éviter de prendre possession.  Exilé depuis la fin décembre suite à ce mandat d’arrêt qui lui a couru après et qui prenait ses fondements, selon le procureur de la république, dans des faits et actes d’atteinte à la sécurité de l’Etat qui lui a couru après, Guillaume Soro ne peut plus reculer, sinon faire face.  Le leader de Générations et Peuples Solidaires (GPS) interprète donc le projet du président ivoirien de changer la constitution par voie parlementaire comme un coup de force. « C’est un coup de force pour deux raisons. D’abord, pareille réforme exige normalement un long dialogue préalable avec le peuple, puis la formation d’une assemblée constituante qui planche sur la rédaction d’une nouvelle loi fondamentale. Deuxième raison : le règlement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à laquelle appartient la Côte d’Ivoire, interdit de modifier une constitution six mois avant la date d’une élection présidentielle. Ce sera pourtant le cas puisque la nouvelle loi fondamentale devrait être adoptée par le Congrès ivoirien au printemps et que le scrutin doit, en principe, avoir lieu le 31 octobre suivant », note-t-il.

Ouattara veut propulser son actuel premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, à la présidence et se réserver la possibilité que ce dernier le nomme ensuite vice-président

Pour lui cette manœuvre consiste pour Alassane Ouattara à « propulser son actuel premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, à la présidence et se réserver la possibilité que ce dernier le nomme ensuite vice-président, poste créé par la révision constitutionnelle. À l’origine, il était question que ce vice-président soit élu en même temps que le président dans le cadre d’un ticket, comme aux États-Unis. Alassane Ouattara a changé son fusil d’épaule, et sa ruse lui permet de faire croire à la communauté internationale qu’il ne se représente pas. En fait, il se ménage une place, ni vu ni connu. C’est du Poutine-Medvedev. Sauf que personne ne doit être dupe, ici, de cette mascarade ».

Evoquant le tableau politique national et comment il espère faire front, Guillaume Soro fait la revue des troupes au sein des probables alliés sur qui il voudrait compter.  Lesquels n’entendent pas, non plus, se faire complice des agissements antidémocratiques du président ivoirien. « Henri Konan Bédié, 86 ans, doit réunir son parti en juin pour décider de son avenir personnel. Laurent Gbagbo, 75 ans, attend, depuis sa résidence surveillée belge, son éventuel procès en appel devant la Cour pénale internationale. Il est peu probable qu’il puisse se présenter. Quant à moi, je suis en exil, sous le coup d’un mandat d’arrêt dans mon pays pour présomption d’atteinte à l’autorité de l’État et complicité de détournement de deniers publics lorsque j’étais premier ministre. Deux accusations nulles et non avenues, totalement farfelues, sans fondement. Aucun jugement ne m’a condamné et pour cause puisque les preuves sont inexistantes! »

La France a ouvert les yeux. Elle réfléchit à l’avenir de l’Afrique de l’Ouest dont l’instabilité serait catastrophique pour votre pays (la France) si elle s’étendait à toute la région, au-delà du Mali et du Burkina Faso.”

Aussi accuse-t-il Alassane Ouattara de l’espionner. « Oui, il a tenté à deux reprises, en 2017 et en 2018, par l’intermédiaire de barbouzes recrutées à Paris, de me faire organiser des coups d’État contre lui. Je n’en avais aucunement l’intention. Je ne suis donc pas tombé dans le piège que j’ai vu venir de loin. J’ai déposé plainte devant la justice française dans les deux cas ».

Quand il évoque la justice française, c’est au regard de l’omniprésence française dans les affaires politiques ivoiriennes. Guillaume Soro indique donc avoir mal « compris – et peu apprécié- la visite d’Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire en décembre dernier. Il avait, à cette occasion, fêté son anniversaire avec Alassane Ouattara et le gouvernement. Dans l’esprit de tous les observateurs, cette soirée ressemblait fort à une forme d’adoubement de l’actuel président ivoirien par l’Élysée. Depuis, la France a ouvert les yeux. Elle réfléchit à l’avenir de l’Afrique de l’Ouest dont l’instabilité serait catastrophique pour votre pays (la France) si elle s’étendait à toute la région, au-delà du Mali et du Burkina Faso ».

Source le figaro.fr

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