DEMISSION DU GOUVERNEMENT : Amon-Tanoh démystifie Ouattara ; les plans du chef de l’Etat à l’eau


Envers et contre l’avis défavorable du président Ouattara qui s’opposait à sa démission, Marcel Amon-Tanoh, le ministre des Affaires étrangères, a franchi le pas ce 19 mars 2020, en prenant le soin d’informer l’opinion de sa décision sur sa page Facebook.


C’est une gifle que le désormais ex-patron de la diplomatie ivoirienne vient d’administrer au chef de l’Etat. En poste depuis janvier 2017, il vient de claquer avec fracas la porte du gouvernement en dépit de la fin de non-recevoir adressée à sa lettre de démission par Alassane Ouattara. Ce 19 mars, c’est sur sa page Facebook qu’il a officiellement annoncé sa démission, un secret de polichinelle. Cette semaine, la rumeur a pris davantage d’ampleur sans être confirmé.

Le sens d’un engagement politique

« Chères sœurs, chers frères, En tant qu’homme publique ayant assumé de nombreuses responsabilités au service de mon pays, je me dois de m’adresser à vous directement, pour vous informer de ma démission du gouvernement. Je tiens à remercier le Président de la République, S.E.M. Alassane OUATTARA, pour l’honneur qu’il m’a fait en me confiant des responsabilités au plus haut niveau de l’Etat, en qualité de Ministre Directeur de Cabinet, puis Ministre des Affaires Etrangères. J’ai travaillé à ses côtés en toute loyauté, en prenant toujours soin de lui faire part de mon honnête opinion en toutes circonstances.

Chères sœurs, chers frères, A maintes occasions vous m’avez manifesté votre sympathie et votre soutien ; je vous en remercie du fond du cœur. Seuls la grandeur de la Côte d’Ivoire, la justice, la démocratie et le bonheur des ivoiriens ont constamment motivé mon engagement politique. Comme je l’ai toujours fait, je continuerai à mener ce combat avec vous. Que DIEU vous bénisse. Marcel AMON-TANOH. »

Une première en neuf ans de règne Ouattara

Un communiqué qui sonne comme un désaveu au discours du chef de l’Etat. Devant le parlement réuni en Congrès le 05 mars, il déclarait ; « La Côte d’Ivoire va bien ! ». Après Guillaume Soro, l’ex-président de l’Assemblée nationale contraint à la démission le 08 février 2019 ; Marcel Amon-Tanoh est la seconde personnalité du régime à rompre les amarres avec Alassane Ouattara…de son propre.  Une première en 9 ans de règne du champion des Républicains. Jusque-là, c’est ce dernier, en maitre du temps et des horloges qui donnait le tempo. Comme avec Thierry Tanoh, l’ancien ministre  du Pétrole, de l’Énergie et des Énergies renouvelables dont la démission a été refusée. Il sera finalement limogé par Ouattara, le 10 décembre 2018. Ou encore Allah-Kouadio Rémy sorti du gouvernement le 14 juillet 2017. Auparavant, il avait offert sa démission au président de la République qui l’avait rejeté. Le départ du gouvernement de Marcel Amon-Tanoh constitue donc un casse-tête pour Alassane Ouattara qui va devoir revoir ses plans. Lui trouver un remplaçant aux Affaires étrangères mais également au Conseil économique et social. Avec Mabri Toikeusse, il était pressenti pour succéder à Charles Koffi Diby. Un exercice que le chef de l’Etat en homme méticuleux abhorre.

La caution sudiste à un régime communautariste

Au RDR, il a longtemps servi de caution sudiste à un parti communautariste. A une époque où la plupart des militants de cette formation politique se recrutaient parmi les ressortissants du Nord, la présence de Marcel Amon-Tanoh aux côtés de Ouattara apparait aux yeux de nombreux observateurs de la scène politique comme une anomalie. Ce d’autant que son père, Lambert Amon-Tanoh, ex-ministre de l’Education nationale est un baron du PDCI-RDA.

Gendre du président Félix Houphouët-Boigny dont il a épousé l’une des filles, cet originaire d’Aboisso, dans le Sud-Est de la Côte d’Ivoire, a successivement occupé les fonctions de directeur adjoint et trésorier de la liste Usher Assouan aux élections municipales de 1980 à Cocody. De 1980 à 1990, il est élu Conseiller municipal à la Mairie de la commune présidentielle.  A l’instauration du multipartisme, Marcel Amon-Tanoh est le responsable de la cellule du PDCI-RDA en charge de la coordination et de la surveillance des élections présidentielle, législatives et municipales. Entre 1991 et 1995, il est secrétaire général de la section PDCI-RDA du Plateau 1 à Abidjan. En avril 1991, il intègre le comité d’organisation du congrès extraordinaire du parti. Aux législatives de 1995, il se présente sous la bannière de candidat indépendant dans la commune du Plateau.

Recruteur et directeur de cabinet du président du RDR

Certaines indiscrétions le présente comme l’un des recruteurs de cadres sudistes pour le compte du  RDR. En 1999, il deviendra le directeur de cabinet du président des Républicains. Un poste qu’il occupera de nouveau à l’avènement de Ouattara au pouvoir en avril 2011. La rupture entre les deux hommes née du choix controversé de Amadou Gon en qualité de successeur du président de la République,  marque la fin d’une idylle de près de 20 ans.

Agenda immédiat

A présent libre de tout engagement, cet homme de dossiers, longtemps au cœur des secrets de la République et du régime et qu’on dit imbu de sa personne devrait entièrement se consacrer à  la mise en œuvre de sa campagne. Une équipe d’experts y travaille depuis le dernier trimestre de l’année 2019. Dans l’immédiat, un blog pour véhiculer sa vision et ses idéaux devrait voir le jour. Marcel Amon-Tanoh ambitionne rassembler les Ivoiriens autour des valeurs chères au père de la nation.

Au reste et nonobstant sa démission, “le Président tente par tous les moyens de retenir Amon Tanoh dans le giron. Mais, il n’en a cure. Il a démissionné et c’est pour de bon.
Les réactions ne se sont pas faites attendre. Amadou Gon a instruit le Ministre Mamadou Touré d’activer les cyberactivistes du RHDP. Pour Amon-Tanoh, en pays Agni, on ne joue pas avec l’honneur. Ouattara veut le salir et le menacer de représailles, voire de prison ou d’exil. C’est mal connaître. Amon-Tanoh n’est pas homme à se laisser intimider. D’ailleurs, avant de quitter Bouaflé, il s’est longuement entretenu avec Mme Henriette Bédié”, révèle Chris Yapi.

En attendant ces représailles, Amon-Tanoh est parti, laissant le RHDP unifié à ses défis.


V.B

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