AFFAIRES DROGUE ET 3ème MANDAT : la DEA menace, La France se fait peur : août va-t-il inscrire Abidjan en vigilance orange?


La Côte d’Ivoire va-t-elle piquer du nez ? Les observateurs avertis du marigot politique croient que « OUI » en même temps qu’ils se disent que les ivoiriens n’oseront pas se livrer pieds et mains liés dans ce gouffre. Quant à l’organisme américain chargé de la lutte contre la drogue, c’est la menace là où la France met un bémol à son « NON » catégorique contre le 3ème mandat.


En Côte d’Ivoire, le Président Alassane Ouattara est à la manœuvre. Comme à son accoutumée, il pousse ses pions avec une dextérité à se faire peur quand ce n’est pas pour montrer à ses partisans et contradicteurs qu’il est seul maître à bord.

 En nommant Hamed Bakayoko comme Premier ministre, Ministre de la Défense ce jeudi 30 juillet, il a envoyé un message clair à l’aile dure du RDR et aux pro-Gon Coulibaly qui, depuis n’en voulaient pas au point où cette nomination a accusée du retard.  Aujourd’hui les cassandres se sont tus et même qu’ils sont devenus les laudateurs du nouveau locataire de la primature. Et pour combien de temps ?

Face à ce « tango » orchestré au plus haut niveau par le régime RHDP et qualifiée de folklore par Mamadou Koulibaly, le candidat à la Présidentielle de LIDER, Alassane Ouattara agit comme un homme qui n’a plus de limite. Malgré toutes ses déclarations et celles des rédacteurs de la constitution qui ont soutenu mordicus que le président sortant ne peut être candidat en 2020, Alassane Ouattara va certainement décider de s’aligner sur la piste de l’élection présidentielle de 2020. Mamadou Coulibaly soutient même qu’il a déjà déposé ses dossiers depuis le 22 juillet.  D’autres soutiennent que ses affiches de campagne tournent à plein régime dans les rotatives. Ce ne sont pas non plus ses rencontres avec les officiers généraux, les Com’Zones et celle par ministre Sansan Kambiré interposé avec les juges du temple de Themis, qui vont démentir cette posture. A contrario, comment justifierait-t-il les cadeaux en millions de F CFA distribués gracieusement aux officiers généraux (100 millions f CFA), les Com’Zones (50 millions de f CFA) et les juges (2 millions f CFA) ?

Pourquoi aurait-il alors, après les têtes couronnées du Sud Comoé et du Tonkpi qui se sont dédits par la suite, encourager les cadres du RHDP à pousser les populations à faire des déclarations de soutiens à sa candidature, «la seule capable de préserver la stabilité de la Côte d’Ivoire ». 


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A l’évidence, « s’aligner » pour un troisième mandat reste la priorité et l’objectif à atteindre de Alassane Ouattara. Seulement que cela ne dépend plus de sa seule volonté, ni de celle du RHDP.  Des intérêts plus colossaux sont en jeu depuis.

AU PLAN NATIONAL

Au regard de la constitution en ses articles 55 et 183, et en se présentant devant le congrès des parlementaires le 5 mars dernier à Yamoussoukro, pour annoncer publiquement son retrait de la course à la présidentielle 2020, Alassane Ouattara, tout en suscitant les félicitations de ses partenaires occidentaux qui l’ont mis au pouvoir, s’est tiré une balle dans le pied.  Et pour cause.

Le RHDP d’hier qui regroupait le PDCI-RDA de Henri Konan Bédié, le RDR de Alassane Ouattara, l’UDPCI de Albert Mabri Toikeusse, L’UPCI de Gnamien Konan, le PIT de Francis Wodié et le MFA de Anaky Kobenan a perdu son lustre d’antan. Ce mouvement politique, une mastodonte politique de 2010 n’est rien plus qu’un chien affamé et enragé en 2020. 

 Le RHDP de 2020 n’est rien d’autre que le RDR de Alassane Ouattara en 2000. Tous les autres partis ont quitté le bateau glorieux et dynamique qui a vaincu le FPI de Laurent Gbagbo en 2010. Le RDR qui avait les Forces Nouvelles de Guillaume Soro en son sein a même perdu ce bras armé devenu aujourd’hui Groupement et peuples solidaires (GPS). Pire, la guerre fait rage et tous les coups sont permis entre les équipes du fils (GPS) et du père aujourd’hui. Et ce, au regard des « cassements de papos (NDLR : dossiers dévoilés sur les réseaux sociaux) ». C’est dire que ce RHDP amaigri ne peut plus rien imposer dans le marigot ivoirien. D’où ces nombreux coups de gueule pour espérer effrayer les adversaires, « en vain ».


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Malheureusement encore, pour le fils loyal, l’héritier politique, Amadou Gon Coulibaly, décédé le 8 juillet dernier, le président Ouattara n’a pas laissé l’occasion ni à Daniel Kablan Duncan, le vice-Président de la République, ni à Albert Mabri Toikeusse, son ex ministre de l’Enseignement supérieur, encore moins à Marcel Amon Tanoh, son ex-directeur de cabinet, son ex ministre des Affaires Etrangères et compagnon de trente ans de vie, de s’exprimer. Au point où ils ont purement et simplement quitter le navire déjà par trop amaigri du RHDP en claquant la porte. En résulte la posture difficile à tenir du Président Ouattara après le décès de l’ex-Premier ministre, Gon Coulibaly.

LA FRANCE SE FAIT PEUR EN CÔTE D’IVOIRE

Avec l’exil forcé de Guillaume en France, le soutien de Paris à Alassane Ouattara a pris un coup.  Plus grave, les partenaires occidentaux traditionnels, prompts à emboucher la trompète avec Alassane Ouattara en 2010 et pendant sa première mandature, ont appris à se faire une idée de la laideur du pouvoir antidémocratique d’Abidjan, vu le sort réservé à Guillaume Soro.

 La France décide alors d’épouser l’air du temps, de surfer sur les positions de l’opposition.  D’où le feu vert donné à RFI, TV5 et France 24 par le Quai d’Orsay pour déconstruire l’image du pouvoir d’Abidjan. Ces dénonciations des excès du régime Ouattara annoncées par www.civnewsafrik.net , comme mission confiée aux médias français émettant en direction de l’Afrique ont débuté le 27 avril 2020.  TV5 relaie alors les propos de François Patuel, chercheur indépendant sur l’Afrique de l’Ouest qui se prononce sur l’arrêt de la cour africaine des droits de l’homme.

Malheureusement cette déconstruction du régime d’Abidjan fera long feu avec les intérêts multiples d’une France en ballotage sur la monnaie unique de la CEDEAO qu’elle veut à tout prix contrôler.  Parce que dans ce marigot africain, seul Alassane Ouattara veut porter le combat d’une France en perte de vitesse dans son pré-carré. La France le sait et Alassane Ouattara le sait.  Le Président ivoirien jusqu’à la prochaine élection devra croiser le fer avec la première économie africaine, le Nigéria, soutenu par les pays anglophones de la CEDEAO.  Qu’à cela ne tienne ! La France a besoin d’un allié corvéable à souhait dans la zone et lui, d’un troisième mandat. Le jeu vaut la chandelle.  Commence alors la marche à reculons de France avec Ouattara.

Quand le ministre des affaires Etrangères français, Le Drian, arrive au bord de la lagune Ebrié pour participer, officiellement, aux obsèques de Gon Coulibaly, et officieusement pour arrêter un gentleman agreement avec Abidjan, il se laisse alors convaincre par Alassane Ouattara. L’argument d’Abidjan est simple : « avec la mort de Gon Coulibaly, il n’y a plus de candidat capable de porter le flambeau du RHDP et rivaliser avec l’opposition si ce n’est moi-même » lui souffle Alassane Ouattara en guise de plaidoirie pour un troisième mandat.  Sans lui donner le blanc-seing, Paris lui donne le feu vert pour la manœuvre à une condition : qu’il n’y ait pas de casses, donc pas de troubles, fruits d’une contestation non contenue dans les rues. A contrario, Paris se fera le loisir de reprendre la main.

Depuis, les médias français ont reçu de nouveaux éléments de langage vis-à-vis du régime d’Abidjan. Ils ne disent plus qu’un troisième mandat est impossible pour le Président Ouattara.  Mais disent désormais que « le président Alassane Ouattara va sans doute se présenter. Il s’était engagé à ne pas se représenter mais face au décès de Gon Coulibaly, les cartes sont rabattues ». (Sic !).   En quoi est ce que les cartes ont été rebattues, pourrait-on réagir. Mais c’est aussi ça la traîtresse France qui joue à se faire peur au bord de la lagune Ebrié.


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Est-ce que le peuple ivoirien va se laisser distraite et ne pas prendre à son corps défendant son destin en main ? Toute la question est là. Entendu que toute libération et toute indépendance ne s’acquièrent pas par procuration.

LA POSITION DE L’UE ET DES ETATS-UNIS

Si l’Union Européenne souffle le chaud et le froid sans véritablement avoir une position tranchée vis-à-vis du régime abidjanais, les Etats-Unis ont, depuis l’affaire de trafic de drogue imputée aux pontes du régime Ouattara, un argument de taille pour agir au point où ils ont pris une place prépondérante pour l’après Ouattara sans Ouattara en Côte d’Ivoire.

 A la réunion avec le ministre français Le Drian, le Président Macky Sall du Sénégal et le Président Ouattara, pendant les obsèques de Gon Coulibaly, l’ambassadeur des Etats-Unis en Côte d’Ivoire a remis à la France une liste de plusieurs dizaines de personnalités dans le collimateur des Etats-Unis dans cette affaire de drogue.  Non sans donner des instructions fermes pour que Ouattara parte du pouvoir. Pour les Etats–Unis le départ de Ouattara n’est pas négociable. C’est un fait.

Pour montrer qu’ils n’entendent pas baisser la garde dans ce dossier, les Etats-Unis, par le Ghana interposé, ont fait passer un message à Alassane Ouattara avant le sommet de la CEDEAO au Mali. En effet, à 24 heures de la mission de haut niveau de quatre chefs d’État des pays membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a dépêché sa ministre des Affaires Etrangères, Shirley Ayorkor Botchway, à Abidjan. Le vol spécial affrété pour transporter l’émissaire du président Ghanéen a atterri vers 17h 30 dans la capitale économique ivoirienne.

Un seul et même objectif, demander au Président Ouattara d’oublier son « affaire de troisième mandat ».

Même si la France a décidé, sans le dire ouvertement, de laisser le Président Ouattara manœuvrer et de n’intervenir que s’il s’embourbe dans une crise grave, les Etats-Unis ont décidé de voir les choses autrement en décidant du lancement du compte à rebours dès ce mois d’août 2020. C’est une évidence, ce sera la traque aux narco trafiquants à tout le moins. Ceci pouvant expliquer cela peut-on penser que les dernières nominations sont une volonté d’Abidjan de muscler les immunités diplomatiques au bord de la lagune Ebrié ?

Pour Donald Trump qui sera face aux électeurs en novembre prochain, l’occasion lui est donnée de prouver aux américains qu’il est capable de garantir leur sécurité en mettant en déroute tous les narco trafiquants.  Encore faudra-t-il qu’il contrôle lui-même la situation intérieure aux Etats-Unis.

C’est le lieu de souligner que si le 29 juillet dernier, Alassane Ouattara a dû se murer dans un silence assourdissant au cours du comité politique qu’il a convoqué lui-même pour annoncer sa candidature.  C’était tout simplement parce que ses relais diplomatiques l’y ont contraints.

En effet, Pierre Fackoury, Cyrille Bolloré et Martin Bouygues ne lui ont pas donné de bonnes nouvelles. Ils lui ont conseillé de gagné du temps tout en lui recommandant de lâcher du lest au niveau de la situation socio politique trop tendue. Ainsi peut être, pourra-t-il se montrer sous de nouveaux habits.

Pour l’instant, ni Mahamadou Issouffou (Président de la CEDEAO), Cyril Ramaphosa (Président de l’UA), Angela Merkel (Présidente de l’UE),Antonio Gueteress (SG de l’ONU) ne veulent entendre parler d’un 3e Mandat tant en Côte d’Ivoire qu’en Guinée Conakry.

Alassane Ouattara reste Alassane Ouattara. A-t-il pu se libérer des contingences internationales ? A-t-il pu contenter les Etats-Unis et donner davantage de garanties à la France déjà à ses pieds ?

En interne, le RHDP maintient la pression et continue de proclamer sa « tigritude » ? N’est-ce pas parce qu’il a moins l’air d’un tigre ? TIC, TAC, TIC TAC et voici le 6 août, le jour de son jour où tout est possible, à l’endroit comme à l’envers.

GK.

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