CÔTE D’IVOIRE: Macron face une présidentielle avec un taux de participation de 10% et une démocratie introuvable

Dans cette analyse de Yves Thréard, journaliste et directeur adjoint de la rédaction, le Figaro, indique que le taux de participation de la présidentielle affiche 10% non sans mettre à l’index les conséquences d’une telle élection dans une Côte d’Ivoire où la démocratie est introuvable.

 

« Alors que Donald Trump se donne en spectacle dans un rôle tragicomique pour rester au pouvoir, un autre président sortant s’accroche à son sceptre dans l’indifférence quasi générale. La Côte d’Ivoire n’a pas le rayonnement des États-Unis, mais si ce pays sombre dans le chaos, c’est tout un pan de l’Afrique qui risque bientôt de chavirer. Au lieu de détourner le regard, la France et l’Europe devraient y regarder à deux fois.

L’élection pour un troisième mandat d’Alassane Ouattara, le 31 octobre dernier, a déclenché une vague de violences inouïe. Les affrontements politiques et interethniques se multiplient. Des scènes de décapitation sont rapportées. Une cinquantaine de morts a déjà été recensée. Des milliers d’Ivoiriens prennent la fuite vers les pays voisins. Les horreurs de la guerre civile des années 2000 hantent les esprits.

 

L’ancienne colonie française qui fut, du temps de Félix Houphouët-Boigny, le joyau de l’Afrique de l’Ouest, riche de ses cultures de cacao et de café, est devenue incontrôlable. L’héritage du père de la nation, mort le 7 décembre 1993, a été balayé par les haines recuites d’une classe politique incapable de relever le flambeau, jouant sur les rivalités communautaires et claniques, les divisions religieuses (34 % de chrétiens pour 42 % de musulmans) et géographiques. Les taux de croissance demeurent certes mirobolants, une classe moyenne et branchée sur la mondialisation existe à Abidjan, mais la démocratie reste introuvable.

 

Trois hommes monopolisent la scène politique depuis près de 30 ans. Henri Konan-Bédié, renversé par un coup d’État militaire en 1999, continue à briguer le pouvoir à 87 ans. Son successeur, Laurent Gbagbo, traduit devant la Cour pénale internationale de La Haye pour « crimes contre l’humanité », a été blanchi en première instance. A 76 ans, ce politicien rusé veut aujourd’hui rentrer chez lui pour faire encore entendre sa voix. Enfin, Alassane Ouattara, 79 ans, a bricolé la Constitution pour se faire réélire président une troisième fois. Sa candidature a été facilitée, il est vrai, par la mort cet été de son dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, malade depuis longtemps.

L’ancien directeur adjoint du FMI, aux manières soignées et bien en cour dans les chancelleries étrangères, a donc préservé son trône avec un score fleuve de 94 % des voix. Au terme évidemment d’une campagne où il a empêché ses principaux opposants de se présenter. Ce scrutin tronqué a été dénoncé par la plupart des observateurs internationaux indépendants. Le taux de participation revendiqué par le pouvoir (54 %) serait, en fait, inférieur à 10 %. La rue crie au hold-up. Les opposants vocifèrent. Ils sont assignés à résidence, comme Henri Konan-Bédié ; emprisonnés, comme Pascal Affi N’Guessan, un ancien proche de Gbagbo ; ou interdits de territoire sous peine de réclusion pour des motifs infondés, comme Guillaume Soro, l’ancien jeune premier ministre auquel Ouattara doit beaucoup. Depuis quinze jours, la Côte d’Ivoire est à feu et à sang. L’armée reste loyale, mais combien de temps encore ? Composée de 60 000 hommes pour une population de 25 millions d’individus, elle est traversée par des divisions de tous ordres.

 

Ouattara parti, rien ne prédit que ses opposants, qui font bloc contre lui pour le chasser, ne se déchirent pas après

 

Qu’à cela ne tienne, l’Union africaine a reconnu la légalité du vote. Les messages de soutien au président réélu affluent de tout le continent. À Paris, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, questionné à l’Assemblée nationale par un député communiste, a appelé à «l’apaisement ». Formule diplomatiquement correcte qui cache mal la profonde inquiétude de la France après cette parodie électorale. Emmanuel Macron, passé par la Côte d’Ivoire en décembre dernier pour arracher à Alassane Ouattara la promesse de sa mise en retrait, a été pris à contre-pied par son interlocuteur.

 

Que peut-il faire maintenant ? Intervenir, comme Chirac en 2002, au début de la guerre civile, ou Sarkozy en 2010, pour installer… Ouattara au pouvoir ? La France dispose d’une base militaire de 900 hommes à Abidjan. La carte de la médiation entre tous les acteurs de l’imbroglio ivoirien est pour l’heure privilégiée (Ouattara et Konan-Bédié se sont vus mercredi). Les accusations en ingérence ou en néocolonialisme ne sont jamais loin. L’ordre ou le chaos,

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