MANDATS DE LA CPI : pourquoi Ouattara veut sauver Amadé Ouérémi là où il condamne Soro et les com’Zones

Après Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé à la CPI, le temps pour certains membres du clan Ouattara de faire un séjour à la CPI a-t-il sonné ? C’est du moins ce que l’on peut déduire des trois mandats de la CPI et du procès précipité de Amadé Ouérémi.

 

La Cour Pénale Internationale veut juger des pro-Ouattara. Trois mandats sous scellés de la CPI, visant des proches du chef de l’Etat ivoirien au moment de son ascension au pouvoir en 2011, lui ont été remis récemment. Ils sont destinés à Guillaume Soro, Amadé Ouérémi et au commandant Losseni. Pis une équipe d’enquêteurs de la CPI est attendue en Côte d’Ivoire si elle n’y est pas déjà. Le tout sur invitation insistante d’Abidjan.

Pourquoi maintenant en 2021 et pas hier ? Soit dix ans plus tard. Surtout quand on sait que le Président Alassane Ouattara a joué des coudes pour obtenir de Fatou Bensouda, procureure sortante à la CPI, cette équipe d’enquêteurs.

Deux raisons fondamentales peuvent justifier ce forcing de dernière minutes de Alassane Ouattara :

Alassane Ouattara est en fin de parcours. Malheureusement, il n’entend laisser le pouvoir à ses adversaires politiques que sont Bédié ou Gbagbo. Mieux, il veut le transférer au sein de sa famille biologique. Et Téné Birahima Ouattara a la faveur de son aîné de Président qui entend lever tous les obstacles susceptibles de faire échouer sa toute dernière stratégie de passage de témoin.  Il convoque alors la CPI à coup de valises de billets de banque. Cette étape franchie, les dossiers de la crise post-électorale et de la rébellion et leurs acteurs sont mis à l’index.

Il urgeait donc pour Alassane Ouattara d’avoir cette équipe d’enquête de la CPI à Abidjan à l’effet de rechercher de nouvelles preuves contre les auteurs des 3000 morts de la Crise post-électorale de 2010 et les acteurs de la rébellion.

Car si l’ex Président Laurent Gbagbo et son ex ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé sont presque blanchis et libres, et en attente d’une validation officielle de la CPI de cet état de fait le 31 mars au plus tard, Alassane Ouattara ne savoure pas vaincu pour autant. Lui qui donnerait tout pour que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé soient tenues en liesse loin de son régime. Laurent Gbagbo et Blé Goudé libres et sur les bords de la lagune Ebrié aux côtés d’un Henri Konan Bédié qu’il n’arrive pas à dompter constitueraient un scénario catastrophe pour son clan en pleine manœuvre de confiscation du pouvoir d’Etat.  C’est donc à défaut d’avoir à refuser lui-même le retour de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé sur le territoire ivoirien, qu’Alassane Ouattara préfère confier le sale boulot à la CPI. A charge pour cette Cour de justice internationale d’endosser le non-retour de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé sur la terre de leur ancêtre, la Côte d’Ivoire.

Dans la même vision de conservation du pouvoir d’Etat, des anciens partenaires sont subitement devenus gênants pour le chef de l’Etat ivoirien et son clan.  Guillaume soro, le meneur de la rébellion au profit du RDR, figure en bonne place.  Le commandant Losseni Fofana et les commandants de zones de l’ancienne rébellion (Martin Kouakou Fofié, Chérif Ousmane, Koné Zacharia, Morou Ouattara, Hervé Touré, Chérif Ousmane, Tuo Fozié, Koné Messamba) sont sur les tablettes du régime d’Abidjan qui les considèrent aujourd’hui comme des empêcheurs de tourner en rond. Le régime RHDP veut donc se débarrasser de ses commandants des zones. Une fois de plus et parce qu’il n’a jamais voulu se salir ouvertement les mains, Alassane Ouattara entend encore refiler cette mission à la CPI.

Aujourd’hui, trois mandats sont disponibles pour Guillaume Soro, le commandant Losséni Fofana et le célèbre Amadé Ouérémi. A l’équipe d’enquête de la CPI de faire le nécessaire à l’effet de faire taire définitivement ces com’Zones et autres acteurs de la crise post-électorale de 2010, devenus des parias. Eux qui étaient hier dans les bonnes grâces de Alassane Ouattara.

Cependant, il apparait clairement que le régime Ouattara ne veut pas voir Amadé Ouérémi transférer à la CPI. Vu qu’à peine les mandats sous scellés dévoilés que le pouvoir RHDP a actionné sa justice à l’effet de faire juger Amadé Ouérémi en Côte d’Ivoire. Depuis le mercredi 24 mars donc, ce procès est au rôle de la Cour d’Assise du tribunal de première instance d’Abidjan-plateau qui y a enregistré sa première audience.  C’est le lieu d’indiquer que Amadé Ouérémi est considéré comme le chef de milices Burkinabès et l’auteur des massacres des populations Wè (massacre de Duekoué et environs y compris Duekoué carrefour) dans l’Ouest Montagneux. Notamment dans le mont Peko.

Il est évident que ce procès précipité de Amadé Ouérémi  à Abidjan a un objectif : lui éviter un transfert vers la CPI. Tout simplement peut-être parce qu’il serait le gardien des ‘’placards à cadavres’’ que cachent Ouattara et compagnies. Un procès à la CPI serait catastrophique pour  le détenteur du pouvoir d’Abidjan.

Issiaka Diaby, Président du Collectif des victimes en Côte d’Ivoire joint par la presse, estime que face à l’ampleur des massacres, Amadé Ouérémi ne devrait pas être la seule personne que l’État de Côte devrait poursuivre. Non sans ajouter : “nous déplorons le déficit de participation des victimes et des témoins et souhaitons qu’il soit comblé”.  Toutes chose qui, il faut craindre, ne permettront pas la manifestation de la vérité.

Par ailleurs, il faut craindre que cette volonté manifeste du président ivoirien de punir et/ou de récompenser ses anciens partenaires de façon sélective, ait un effet domino incontrôlable. Qui vivra verra.

 

A.Y

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