MASSACRE DE DUEKOUE : Prison à vie pour Ouérémi ; « Il y a nécessité qu’une rébellion ne prenne pas le pas sur un Etat de droit »,Me Roseline

Amadé Ouérémi a été condamné jeudi 15 avril à la prison à vie par le tribunal criminel d’Abidjan. Ce chef de milices a été reconnu coupable du massacre de plus de 800 morts selon la Croix-Rouge. « Amadé Ouérémi, mon client n’est qu’un simple exécutant dans les massacres de Duékoué et que les vrais responsables sont les chefs rebelles. Amadé Ouérémi recevait bel et bien des ordres, des instructions. Dans votre sentence, vous en tiendrez compte.(…) Ces victimes sont tombées sous des idéaux de politiques véreux. Il y a nécessité qu’une rébellion ne prenne pas le pas sur un Etat de droit», avait pourtant plaidé à la barre l’avocat de Amadé Ourémi, Maître  Rosine AKA 

 

Crimes contre les populations, séquestration, pillage, destructions… Au total, Amadé Ouérémi est reconnu coupable de plus d’une douzaine de chefs d’accusation. Coupable d’avoir perpétré et participé à l’une des pages d’histoire les plus sombre de la Cote d’Ivoire, à la tête de plus d’une centaine d’hommes. Tout au long des 7 jours de procès, le chef de milice aura eu beau jeu de dire qu’il n’était qu’un simple élément aux ordres de chefs rebelles et qu’il n’était pas sur le lieu les 28 et 29 mars 2011, le tribunal criminel d’Abidjan ne l’aura pas cru.

 

Amadé Ouérémi affirmait dépendre à l’époque d’un chef rebelle baptisé « Coulibaly de Kouibly » lui-même sous les ordres du comzone Losseni Fofana, alias « Loss », aujourd’hui colonel dans l’armée. Entendus par le juge d’instruction avant le procès, ils avaient simplement nié le connaître avant son arrestation en 2013.

Pourtant, l’avocate d’Amadé Ouérémi a, lors de sa plaidoirie, démontré que son client n’était qu’un simple exécutant. Et que les véritables responsables du massacre étaient les anciens chefs des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire(FRCI). Notamment, l’ex-comzone, aujourd’hui Lieutenant-colonel Losséni Fofana. « M. Amadé Ouérémi recevait bel et bien des ordres de ses supérieurs. Il a cité nommément des autorités militaires encore en fonction dont le lieutenant-colonel Losséni Fofana. M. le président, des zones d’ombres demeurent sur ce qui s’est réellement passé à Duékoué », a-t-elle relevé.

Ajoutant, « M. le président, que le procureur souffre que M. Amadé était bel et bien un élément des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire(FRCI) ».

Sa démonstration par des photos de son client arborant au moment des faits, des tenues militaires estampillés FRCI n’y ont rien pu faire.

Pour l’avocate d’Amadé Ouérémi, le procès ne s’était focalisé que sur les porteurs de chapeaux, à l’image de son client au lieu d’aller plus en profondeur en relevant la responsabilité des politiciens proche des FRCI. « M. le président, il y a eu une rébellion armée en Côte d’Ivoire soutenue par des hommes politiques qui sont encore là. Mon client n’était pas le chef d’une bande armée », a-t-elle fait remarquer.

A ces hommes politiques, il faut ajouter selon Maître Roseline Aka, la responsabilité de la France avec la Force Licorne et de l’ONU avec les Forces onusiennes dans le massacre de Duékoué.  Toutes ses forces étaient présentes lors des massacres et aucune n’est intervenue pour mettre fin au massacre. Elles avaient toutes laissé faire, parce qu’elles avaient un agenda caché que leur témoignage aurait pu permettre de découvrir et par-delà, comprendre les raisons profondes de ce massacre et les vrais donneurs d’ordre. «  Un seul homme peut-il commettre un génocide, les avait-il hypnotisé pour le laisser agir ? Monsieur le président(le juge), on l’a laissé faire. C’était dans leur dessein. Il y a bien eu massacre et génocide à Duékoué. Ceux qui détenaient la clé de sésame pour nous permettre de bien comprendre ce qui s’est passé ne sont pas venus. Il a été instrumentalisé, lui et tous les membres de sa communauté. Les commanditaires demeures », s’est indignée l’avocate d’Amade Ouérémi.

«  On a laissé faire. On a cautionné parce que justement Amadé Ouérémi était leur élément(les FRCI) », a-t-elle fait remarquer.

Des propos soutenus par Maître Sérikpa pour qui Amadé Ouérémi n’est que la face visible de ce massacre et que les véritables responsables courent toujours. « On veut faire porter le chapeau à ce monsieur frêle et analphabète pour tout ce qui s’est passé comme atrocités. Il a été trompé, instrumentalisé, lui et les membres de sa communauté. Les commanditaires demeurent », a-t-il fait comprendre.

Pour ces derniers mots, Amadé Ouérémi a nié être le chef d’une armée qui a pris part aux massacres de Duékoué. « Je n’ai pas dirigé, je n’ai pas donné l’ordre d’attaquer la ville. Je n’ai pas de fusils. Je n’ai pas donné les balles », a-t-il expliqué au juge.

A l’en croire, ce procès est une volonté pour les véritables commanditaires du massacre de le faire taire afin qu’il ne révèle pas des informations qui pourraient les éclabousser. « Je n’ai pas tué quelqu’un. Ils m’ont forcé à faire les combats. Ils ont attrapé mon premier fils. Le travail est gâté. Chacun se cherche. Eux, ils ne viennent pas me rendre visite en prison. Quelqu’un ne veut pas que je parle », a-t-il révélé.

Puis d’insister sur le fait qu’il agissait sur les ordres du commandant Coulibaly de Kouibly et du chef de la zone ouest à l’époque des faits, lieutenant-colonel Losséni Fofana dit Loss. Et  que durant les combats à Duékoué, les dozos étaient présents et  y ont participé.

Le procureur de la République a  quant à lui, et tout au long de son réquisitoire, montré qu’Amadé Ouérémi était le responsable des massacres de Duékoué-Carrefour, en pointant du doigt  les témoignages des victimes des atrocités des 28 et 29 mars. Aussi a-t-il  a requis à son encontre, la prison à vie et cent millions(100 000 000) de FCFA d’amende. « M. le président, il (Amadé Ouérémi) est coupable des faits qui lui sont reprochés. Qu’il vous plaise de le condamner à la prison  à vie et cent millions  (100 000 000) de FCFA d’amende », a-t-il demandé à la cour.

Ce jeudi 15 avril 2021, dans l’après-midi, le tribunal de première instance a prononcé le verdict : prison à perpétuité pour Amadé Ouerémi.

Y G

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