La mort du Président tchadien, Idriss Deby, et le Conseil militaire de transition qui lui succède tout comme le procès à la va-vite de Amadé Ouérémi ne laissent pas  l’ex-ministre Kabran Appiah, président du parti La Ligue des Mouvements pour le Progrès (LMP) indifférent. A preuve…

 

Pour Kablan Appiah,  la mort du Président tchadien cache beaucoup de non-dits. « Les seules choses sûres dans cette affaire, c’est la bizarrerie des concordances », constate-t-il. Avant d’ajouter que « Deby est mort au front d’accord. Mais la Constitution tchadienne ouvre la vacance. Pourquoi Deby est mort et on met en place un scénario de coup d’Etat ? On dit que le président de l’Assemblée nationale a renoncé mais enfin, en pareil cas, il y a des solutions alternatives. En lieu et place de cela, on assiste à la mise en place d’un coup d’Etat. Comment éviter qu’on dise qu’il s’agit d’un montage ? Les morts au front comme les rébellions sont devenues des nouveaux systèmes de régulation pour se débarrasser des dictateurs encombrants. C’est l’Afrique qui est défigurée chaque jour. De toute évidence, Idriss Deby avait cessé de plaire. Il y a eu sans doute une revendication de trop. Quand on est dans son statut de supplétif des puissances, il faut savoir ne pas faire la revendication de trop. C’est la leçon que tous les autres dictateurs doivent retenir ».

L’Assemblée nationale  pour la transition militaire

 

Jetant un regard sur la parodie de justice servie à Amadé Ouérémi en Côte d’Ivoire et celui sur le bombardement du camp militaire français de Bouaké aux assises de Paris, le président du parti La Ligue des Mouvements pour le Progrès (LMP), par ailleurs enseignant en droit  ne cache pas son amertume. Vu surtout que ces procès n’ont pas permis l’éclatement de la vérité selon Kabran Appiah. L’ex-ministre des transports sous Gbagbo est sans ambages : « C’est de la comédie.  On a condamné des fantômes. On les a d’autant mieux condamnés qu’on espère que cette condamnation va empêcher d’aller chercher les vrais commanditaires, les donneurs d’ordre. Amadé Ourémi n’est pas venu en Côte d’Ivoire pour faire la guerre. Il était là. On est allé le chercher, on l’a payé pour faire la guerre et on l’a commandé au front. Qui a fait cela ? Quelle est la chaîne de commandement de laquelle dépendait cet homme qui a commis tant de crimes ? Est-il le seul à avoir commis ces crimes ? Les crimes existent bel et bien. Mais Amadé Ourémi ne peut pas avoir été partout à la fois. Le condamner oui, mais tant qu’on n’a pas mis les vrais commanditaires devant la justice, pour moi, c’est une parodie. Ce n’est pas normal du tout. Je vous le dis en tant qu’avocat. Mes confrères ont demandé la comparution de certaines personnes, ils n’ont pas eu l’accès. C’est comme tous ces procès qui ont eu lieu. Les gens ne se rendent pas compte du ridicule. Il y a un minimum d’habillage même si on veut obtenir certains résultats. Ce que les anglophones appellent le ‘‘due process of law’’. On soulève les exceptions, ils disent non. On ne peut pas à la fin se prémunir contre la critique juste que c’est une parodie de justice ».

Autre fait : le procès du bombardement du camp militaire français de Bouaké. Autre lieu, la France et la capitale française. Mais le même résultat bien sûr : l’injustice et la loi de l’omerta.

«  Maintenant on voit que l’impunité va jusqu’en Europe. Nous espérons que les vrais commanditaires des évènements de novembre 2004 qui ont occasionné tant de morts en Côte d’Ivoire seront traduits un jour en Justice. C’est un dossier sur lequel j’ai eu à travailler personnellement. Les jeunes qui sont morts sur le pont, l’hôtel Ivoire, on ne va pas laisser cela impuni. Il faut bien que les gens soient responsables de leurs actes à moins de décréter une amnistie mondiale. Condamner des fantômes en France, Amadé Ourémi en Côte d’Ivoire, c’est la même chose et ce sont les mêmes acteurs d’ailleurs. Il y a une synchronisation parfaite comme si on voulait empêcher les gens de chercher la vérité. Mais on ne peut pas empêcher la vérité de l’histoire ».

 

Y.G

 

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