NIGERIA : l’Etat islamique engagé dans une lutte à mort face à Boko Haram et son chef

Abubakar Shekau, leader du groupe Boko Haram, aurait tenté de se suicider pour ne pas être capturé par la filiale locale de l’EI. Les médias nigérians ont annoncé son décès.

 

Le chef de Boko Haram, le nigérian Abubakar Shekau, donné pour mort au moins à trois reprises par le passé, est-il cette fois réellement décédé comme l’annoncent de nombreux médias nigérians ? Le chef du groupe djihadiste Jamaat Ahl Al-Sunnah Lil Dawa Wal Jihad (JAS), connu à l’extérieur sous le nom de Boko Haram, aurait tenté de se suicider pour échapper à sa capture, non pas lors d’une opération des forces nigérianes, mais d’un assaut mené par ses rivaux du groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap).

Ces derniers sont en train de prendre le contrôle de la forêt de Sambisa, le bastion de la faction de Boko Haram dirigée par Shekau, dans l’Etat de Borno, au nord-est du Nigeria. Mercredi 19 mai, au moins cinquante véhicules armés d’Iswap et de nombreuses motos conduites par les hommes du groupe État islamique en Afrique de l’Ouest ont pris d’assaut le repère d’Abubakar Shekau. Ils auraient pénétré dans ce vaste espace boisé où le groupe de Shekau a établi son quartier général depuis de nombreuses années, finissant par acculer le chef djihadiste au suicide pour éviter d’être tué ou capturé.

Selon des sources sécuritaires citées par l’AFP, celui qui a pris les rênes de Boko Haram en 2009 et transformé le groupe salafiste fondé par le prédicateur Mohamed Yusuf (tué cette année-là) en organisation djihadiste, serait encore en vie, mais dans un état grave, après s’être tiré une balle dans la poitrine ou avoir activé sa ceinture explosive. Aucune confirmation de sa mort, annoncée par des médias locaux, n’avait été apportée vendredi 21 mai par les autorités nigérianes, ni par les assaillants

Une annonce que le spécialiste Abba Seidik prend avec une extrême prudence. Pour lui, la tentative de suicide est peu crédible. « Ce n’est pas dans la culture de Boko Haram », précise le journaliste. Selon lui, les combattants préfèreront la mort au combat en martyr. Jusqu’à présent, aucun élément concret ne vient confirmer la mort de ce chef jihadiste : ni témoignage direct ni image de la dépouille, par exemple.

 

Grièvement blessé

Le chef jihadiste serait au moins grièvement blessé, alors que la majorité des médias nigérians le donnent déjà pour mort. Les raisons de cette attaque de l’Iswap restent cependant obscures. Mais selon le chercheur Vincent Foucher, il pourrait s’agir d’une directive de l’État islamique centrale, qui a envoyé des émissaires au Nigeria en début d’année.

 

Les méthodes d’Abubakar Shekau ont toujours été jugées trop extrémistes par l’État islamique, qui l’avait destitué et remplacé par Abu Musab Al-Barnawi en 2016. Celui-ci a justement repris les commandes en début d’année, après une période d’absence. Les interférences d’Abubakar Shekau, qui continuait de rançonner et d’attaquer les civils dans les zones contrôlées par l’Iswap, auraient fini par le compromettre, avance Vincent Foucher.

 

Un tournant majeur

Si sa mort est confirmée, cela représenterait, en tout cas, un tournant majeur pour le nord-est du Nigeria et renforcerait certainement la position de l’Iswap dans la région. Donné pour mort à plusieurs reprises ces dernières années, ce chef de guerre s’était fait connaître dans le monde entier par l’enlèvement de 300 adolescentes à Chibok, dans le nord-ouest du pays en 2014. Abubakar Shekau avait pris la tête en 2016 de la faction historique du groupe islamiste. Cette branche est confrontée à la montée en puissance de celle de l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Ces deux groupes s’affrontent de manière sporadique pour le contrôle du territoire.

Ces affrontements constituent la conclusion, dans la violence, d’une longue série de tensions entre deux groupes djihadistes issus du même noyau, Boko Haram, un temps sous les ordres d’Abubakar Shekau. Après avoir échoué à créer son propre « émirat » en 2014, le chef de Boko Haram avait fait allégeance à l’Etat islamique (EI) en 2015, mais en raison de divergences profondes, s’était vu défaire l’année suivante du commandement de ce qui avait été baptisé wilayat (province) Afrique de l’Ouest (Iswap).

 

Source (leMonde.fr et rfi.fr)

 

 

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