FATOU BENSOUDA (CPI) : après Gbagbo, “nous sommes également en train d’enquêter sur le camp Ouattara”(l’interview)

La Procureure Fatou Bensouda, la procureure sortante de la CPI était l’invité de TV5 monde le week-end. Voici ce qu’elle dit du dossier ivoirien : « …Nous sommes également en train d’enquêter sur l’autre camp (Ouattara)…Aujourd’hui, je peux affirmer avec une conscience tout à fait tranquille que j’ai fait tout ce que je devais faire en tant que procureur dans ce dossier ».

 

TV5 MONDE : Vous arrivez à la fin de votre mandat, quel bilan en tirez-vous ?

FATOU BENSOUDA : Beaucoup a été fait pendant cette période. Bien sûr, je ne dirais pas que nous n’avons eu que des succès. Nous avons eu des revers aussi. Je pense que la Cour d’aujourd’hui, est complètement différente de celle du début.

Plusieurs États africains accusent la CPI de ne se concentrer que sur le continent africain. Qu’en pensez-vous ?

  • Bensouda : C’est une accusation qui est fausse et injuste. Car si vous regardez comment les affaires arrivent à la CPI, ce n’est pas la CPI qui est à l’origine de ces affaires. C’est une demande de certains pays africains qui voudraient que la CPI intervienne. Car, lorsque vous êtes un Etat parti au statut de Rome, vous pouvez en effet, si les crimes ont été commis sur votre territoire, et que vous ne pouvez pas mener d’enquête, vous pouvez demander à la CPI d’intervenir. C’est le cas de l’Ouganda, de la République Démocratique du Congo, du Mali, de la Centrafrique.

Concernant la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont été récemment acquittés par la CPI. Que répondez-vous aux critiques sur les faiblesses du dossier d’accusation ?

  • Aujourd’hui, je peux affirmer avec une conscience tout à fait tranquille que j’ai fait tout ce que je devais faire en tant que procureur dans ce dossier et dans tous les autres. Donc pour moi, ce n’est pas une question de défaite ou de victoire. Ce sur quoi il faut se concentrer, c’est que plus de 3000 Ivoiriens sont morts. Souvenons-nous des victimes de ces crimes. Ce n’est pas une question de gouvernance ou de pouvoir. Mais de victimes qui sont mortes ou souffrent encore de ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire et qui méritent justice. Et je saisis l’opportunité pour ajouter que mon bureau à la CPI n’a pas enquêté seulement d’un côté. Nous sommes également en train d’enquêter sur l’autre camp.

 N’êtes-vous pas trop frustrée ?

  • Oui, oui. Dans ce métier, nous avons des frustrations. Parce qu’on veut faire tellement, on veut porter notre attention sur tout, mais le manque de fonds nous en empêche. Le manque de coopération nous en empêche. La manipulation de témoins nous en empêche, la politisation des affaires affecte notre travail. Parfois, on voit quelqu’un accusé de crimes. Il devrait être poursuivi et conduit à la CPI. Mais à cause de la politisation des affaires, la personne n’est pas conduite à la Cour et c’est frustrant…

Retranscris par Y.G

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