MALI/BRAS DE FER FRANCE-MILITAIRES : le Colonel Assimi Goïta mène au point, la Russie en embuscade

La France et la junte militaire malienne se livrent un bras de fer  depuis l’arrestation du président malien de la  transition, le colonel-major à la retraite, Bah N’daw et son premier ministre Moctar Ouanne.  Après 48 heures au Mali, la délégation de la CEDEAO est rentrée bredouille . 

 

En effet,  La France,  incommodée par la situation qui prévaut au Mali, ce d’autant plus qu’elle y a une force de 5000 hommes  stationnés dans le cadre de l’opération Barkhane en vue de lutter contre les groupes terroristes, a qualifié de « coup d’Etat » l’arrestation du président et du premier ministre de transition.  Elle a menacé de prendre des sanctions au travers de l’union européenne  contre les responsables de la junte à l’origine de ces arrestations, si le président et le premier ministre de transition n’étaient pas libérés et réintégrés dans leur fonction.

 

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A ce propos, le président français Emmanuel Macron affirmait au cours d’un sommet européen  que ce qui venait de se passer au Mali était « Un coup d’Etat inacceptable ». Et que les auteurs de ce « coup d’Etat » subiraient  des sanctions de la part de l’Union européenne si les deux responsables de l’exécutif arrêtés n’étaient pas libérés et réintégrés dans leur fonction le plus tôt possible.

Tout s’enchaîne après le sommet France-Afrique pour le financement auquel le président de la transition malienne a pris part. Il a même été reçu par le président ivoirien, le plus francophile des français, défenseur ardent de la cause française.

Rentré dans son Mali natal, le président de la transition s’active et fait un remaniement gouvernement  qui met sous l’éteignoir, et sans l’avis préalable des militaires, deux poids lourds de la junte : Sadio Camara et Modibo Koné. Lesquels sont des hommes du système du vice-Président de la transition et de surcroit homme fort de la junte.  La France et ses sous-préfets françafricains  jubilent. Malheureusement leur joie sera de courte durée face à l’imprévu et l’imprévisible réaction du patron de la junte.

 

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Il n’en fallait pas plus pour faire sortir le vice-président, le colonel Assimi Goïta,  de ses gongs. Première réaction et première victoire des militaires sur les ennemis du Mali : Il acte son opposition à ce remaniement et fait arrêter le président et le Premier ministre de la transition.

Blasphème et tollé général du côté de la françafrique.  La France d’Emmanuel Macron monte sur ses grands chevaux et comme s’il se croirait en 1970 et à l’instar des manœuvres de  Foccart, menace et exige de la junte militaire, dirigée par le colonel Assimi Goita, vice-président de la  transition, qui y fait la sourde oreille. Et pourtant la France de Macron a applaudi des deux mains le coup d’état au Tchad : deux poids, deux mesures.

 

 

C’est qu’à tort ou à raison, la junte militaire reproche au président Bah N’Daw, qu’il qualifie de pion de la Françafrique, de dévoiler des secrets de défense et de  reporter des informations classifiées à Emmanuel Macron de qui il reçoit des instructions : le remaniement qui l’emporte. Même si officiellement, le vice-président de la transition, le Colonel Assimi Goïta, pour justifier son action a accusé le Président et le premier ministre d’avoir violé la charte de transition en l’écartant des prises de décision concernant la formation du nouveau gouvernement.

Face à cette situation de bras de fer entre la France  et la junte militaire, et dans le souci de désamorcer la situation de crise qui venait de naître au Mali avec cette arrestation du président et du premier ministre de transition, la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a envoyé depuis mardi  25 mai au Mali, une délégation conduite par  l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan. Ce, dans l’optique de rencontrer le chef de la junte et connaître les raisons qui ont motivé les arrestations. Mais également, rencontrer le président et le premier ministre de transition consignés dans camp militaire de Kati en vue de leur soumettre les propositions de la CEDEAO pour une sortie de crise.

 

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Si le mardi 25 mai, l’homme fort du Mali a éconduit la délégation de la CEDEAO, celle-ci, conduite par l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan a été reçue ce mercredi 26 mai.

Malheureusement et coup de théâtre, c’est en présence de la délégation de la CEDEAO que le Président de la transition, après avoir pris le soin de démettre son gouvernement, a rend lui-même sa démission.  Deuxième victoire des militaires.

Que va faire la CEDEAO de Macron faute de combattant à opposer aux militaires, devenus incontournables  et tenant toutes les cartes?

C’est le lieu de souligné qu’à la demande de la France, ce mercredi à l’ONU, se réunit un Conseil de sécurité consacré à cette crise politique au Mali qui risque d’avoir des répercussions graves sur la stabilité  et du pays et de toute l’Afrique de l’Ouest. Ce, afin de trouver, dit-on côté français, de trouver des solutions qui permettront au Mali de rester stable.

Pour bon nombre d’observateurs de la politique malienne, le renvoi de leurs postes respectifs de ministre de la défense et de ministre de la sécurité des colonels Sadio Camara et Modibo Koné aurait été orchestré par la France qui voit d’un mauvais œil le rapprochement entre la junte militaire et la Russie. Notamment sous l’impulsion des deux colonels Sadio Camara et Modibo Koné dont le très grand lien avec le pouvoir politique et militaire  russe est connu de Paris. Dans son conflit d’intérêt avec la Russie,  la  France craint par ce rapprochement de la junte avec Moscou, de perdre son hégémonie sur le Mali et par ricochet, sur les pays de la sous-région. En particulier, ceux de la région du Sahel.

Avec la présence de la Russie aux côtés de la junte militaire au Mali, la France se trouverait dans une bien mauvaise posture. A l’instar de sa posture actuelle en Centrafrique. Comment alors faire plier la junte malienne et continuer à imposer le respect aux Etats africains de son pré carré sans susciter les foudres de la Russie qui est aux aguets. C’est à ce jeu d’équilibriste qu’elle est soumise. Car elle sait qu’en affrontant ouvertement la junte, elle affrontera de facto la Russie qui s’y invitera si ce n’est déjà fait. Et cela  pourrait lui faire perdre, en cas de défaite,  sa toute-puissance sur les États de la sous-région et du Sahel.

 

Malheureusement,  une acceptation de ce que la France qualifie de « coup d’Etat », pourrait donner une mauvaise image d’elle aux yeux des africains. Ils la verraient comme l’éternel soutien des dirigeants africains  qui violent les textes fondateurs de leur  constitution.

 

Cependant, face à la menace terroriste islamiste au nord du Mali, le soutien de la junte militaire est plus que nécessaire à l’armée française. Un soutien qui permettrait à l’armée française de stabiliser cette région en proie à des attaques terroristes si elle le voulait. D’où l’idée d’une négociation avec les putschistes afin de trouver une solution à cette crise. Ne pas le faire, et vouloir à tout prix se livrer à un bras de fer, mettraient en péril la stabilité dans la région du Sahel. Car pour faire plier la junte, la France pourrait mettre fin à toutes formes de coopération dont celle relative à la lutte anti-terroriste au Mali. Ce qui aurait pour effet de laisser l’armée malienne faire face seule à des groupes terroristes islamistes déchaînés. Mettant en danger toute la région du sahel et ses alentours

 

 

Y G

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