Pour Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et l’opposition ivoirienne significative, ce sont des jours sombres qui s’annoncent. Les signaux de décrispation du climat politique, émis plus en direction de la communauté internationale, que par souci d’une réelle volonté de réconciliation nationale, n’ont aucunement entamé la détermination de Alassane Ouattara à solder les comptes de la désobéissance civile d’octobre 2020. Mais surtout de se débarrasser une bonne fois pour toute de ses adversaires politiques.

 

La condamnation à la prison à perpétuité de Guilaume Soro, l’ex premier ministre, ci-devant ancien président de l’Assemblée nationale n’a certainement par surpris les observateurs de la scène politique ivoirienne.

 

Sentence avant l’heure

Flashback. Dans une interview accordée conjointement au quotidien français Le Monde et au Journal du Dimanche, le 24 octobre 2020, le chef de l’Etat, candidat à sa propre succession pour un troisième mandat controversé et contesté, annonçait la sentence avant l’heure. « Pour lui ce sera la prison il n’y a aucun doute là-dessus. Il mérite la prison à perpétuité pour ce qu’il a fait. Après les mutineries de 2017 on a trouvé des tonnes d’armes chez lui. Puis nous en avons trouvé au siège de son parti. Il y avait une organisation en vue d’effectuer un coup d’Etat… ». Dans ce pays qui consacre désormais la concentration des pouvoirs entre les mains d’un demi-dieu, ça n’a pas loupé. Ne reste plus qu’à concrétiser l’extradition de l’ex-secrétaire général des Forces nouvelles pour pleinement contenter le prince.

 

A qui le tour ?

Guillaume Soro cloué au pilori avec ses lieutenants les plus fidèles, à qui le tour ? Dans la ligne de mire de l’autocrate d’Abidjan, figurent maintenant Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié et les autres leaders de l’opposition ivoirienne significative (?)

 

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Contrairement à la pratique en vigueur dans un Etat de droit entendu stricto sensu, l’ancien prisonnier de la Haye, au nez de qui pend une condamnation par contumace à une peine de 20 ans de prison pour le « casse de la BCEAO » ne sera pas à nouveau juger. «(…) il a été condamné pour le pillage de la BCEAO et les victimes qui ont ouvert une enquête sur les tueries qui ont eu lieu durant sa présidence. », se plaisait à rappeler Alassane Ouattara.

 

Pas d’amnistie pour Laurent Gbagbo

« Je ne compte pas l’amnistier mais je compte prendre une décision pour faciliter son retour retour », a-t-il promis. Non sans laisser planer une épée de Damoclès sur la tête de son prédécesseur. « (…) je lui demande d’être un sage comme moi j’espère le devenir… »

 

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Le sous-entendu est sans équivoque. A défaut de se laisser habiter par la sagesse, ce sera retour à la case prison pour lui et ses irréductibles partisans fraichement rentrés d’exil.

 

Damana Pikass dans l’œil du cyclone

Notamment Damana Pikass. Rentré d’exil du Ghana le 30 avril 2021, il a été reçu en audience, le 06 mai 2021 par Youssouf Kouyaté, le directeur général de la police.

« J’ai reçu ce matin à 13h00 le ministre KKB, Koné Katinan et Damana Pikass à mon cabinet pour passer un message de fermeté à Monsieur Damana Pikass pour ces sorties maladroites sur la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire. Il a présenté ses excuses et promet de ne plus recommencer », écrit le directeur général de police, fort à propos à l’issue de la rencontre.

 

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Il est évident que les faits et gestes de celui qui est perçu comme le déclencheur de la crise postélectorale, sont désormais scrutées à la loupe ! Plus aucune incartade ne lui sera tolérée.

Koné Katinan, Assoa Adou, Stéphane Kipré ou Mabri Toikeusse dans une certaine mesure ont, pour leur part conscience, que la liberté dont ils jouissent actuellement ne tient qu’à un fil…

Acter le retraite politique de Henri Konan Bédié

Après avoir vainement tenter de le ramener dans l’alliance RHHP, Alassane Ouattara œuvre désormais à acter la retraite politique de son ancien rival. « Si Bédié revenait, ce pays serait détruit (…)  tout ce que nous avons fait aurait été dilapidé. Ça, je ne peux pas l’accepter », répète en petit comité comme en public le chef de l’Etat. Sur son agenda une autre révision de la Constitution devrait réinstaurer la limite d’âge à 75ans. Avec le risque de se voir lui-même exclu de la course à la présidentielle de 2025. Une échéance à laquelle, faute d’alternative probante dans son propre camp, il se verrait encore dans l’obligation de briguer un quatrième mandat. Si ses forces ne conspirent pas contre lui.

 

Y.T 

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