PANAFRICANISME : A Kinshassa, Laurent Gbagbo est-il en train de constituer un axe africain afrocentré ?

Sa première prise de parole le 17 juin dernier à son retour au pays, Laurent Gbagbo a déclaré : « Moi, je suis de la Côte d’Ivoire mais j’ai appris en prison que je suis de toute l’Afrique ». Depuis son séjour au Congo Kinshassa, son audience officielle avec Félix Tshesekedi le 4 juillet, et les hommes liges de Sassou NGuesso, Alpha Condé au mariage, tout porte à croire que Laurent Gbagbo est en train de tisser sa toile, créer son axe africain,  pour ses futures batailles. Voici une analyse publiée par ONG CI-Amérique que civnewsafrik.net vous propose.

 

« En visite au Congo, l’ex président ivoirien, invité au mariage du fils de son codétenu à La Hayes, Jean Pierre Bemba, est assis à la table d’honneur. Pouvait-il en être autrement en sa double qualité d’ami de prison du milliardaire congolais, et surtout d’ancien président de la République ? Jusque-là rien de spécial, le protocole est respecté. Mais pour éviter les incidents protocolaires, on évite de placer à ce type de table n’importe quel invité. Les antagonismes et les amitiés sont soigneusement étudiés, et il est de bon aloi que les liens les plus solides soient côte à côte. C’est bien connu, autour d’un bon repas se décide quelquefois, l’avenir d’une nation, et ici peut-être celle d’un continent.

 

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À gauche de Laurent Gbagbo est assis le neveu du président Denis Sassou Nguesso, Jean-Dominique Okemba. Ce n’est pas n’importe qui. Le voir là, est voir en quelque sorte le président Sassou himself. Secrétaire général du Conseil de sécurité nationale, conseiller spécial du président, il est omniprésent dans les hautes sphères du pouvoir. Officier de marine, les services de renseignement du Congo Brazzaville, c’est lui. Il est aussi très proche du président Alpha Condé de Guinée, dont le mentor Denis Sassou Nguesso est plus qu’un ami. Les deux présidents se côtoiyaient dans les cercles estudiantins africains de gauche à Paris, dans les années soixante. Les trois se connaissent parfaitement bien, depuis longtemps et se tutoient.

 

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Un Alpha Condé, qui n’a pas hésité à accueillir en Guinée, Ahoua Don Mello et en faire un homme extrêmement puissant. L’ex patron du BNTED  exerce en qualité de Conseiller spécial du Chef de l’Etat, chargé des grands travaux. Surnommé « Mello m’a dit » en référence à la phrase favorite du président guinéen, qui ne jurerait que par son conseiller, sa présence à Conakry a dû irriter au bord de la lagune Ebrié. Mais Alpha Condé tout comme Denis Sassou Nguesso, s’était finalement offusqué des méthodes plutôt suspectes de la CPI, semble avoir renoué avec le « camarade Laurent », du temps de l’International Socialiste. En 2016 les rues de Brazzaville s’étaient de leur côté enflammées contre les CPI, mais le gouvernement en était arrêté là.

 

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«Tout le monde sauf l’Afrique semble exempt de rendre des comptes», avait affirmé Uhuru Kenyatta. À La CPI « nous ne récoltons que des préjugés et une chasse raciale » L’Ougandais Yoweri Museveni ou le Rwandais Paul Kagame, avaient déjà souligné l’incongruité de cet afrocentrisme de la CPI. Mais pour la Cour, le véritable choc est venu de Pretoria en 2015, le pays de Mandela, se retirant aux côtés du Burundi de la CPI. Les dossiers contre les présidents Uhuru Kenyatta, Laurent Gbagbo, se sont avérés être des coquilles vides. Jean Pierre Bemba, l’hôte du weekend de Laurent Gbagbo, a aussi été acquitté par la même cour, une autre débâcle judiciaire.

Un dossier serait en cours à la CPI contre le président Alpha Condé, suite aux récentes violences durant les dernières élections. On ne sera pas surpris dans ce contexte, et les affinités qui existent entre les deux hommes, de voir Laurent Gbagbo les prochains jours reçus à Conakry, Brazzaville, mais aussi Pretoria, Nairobi, Kampala, Kigali et Gitega, la capitale du Burundi. Érigé hors de Côte d’Ivoire au rang de véritable héro de la philosophie panafricaniste, Gbagbo peut se servir de ce nouveau statut pour constituer un axe fort anti-impérialiste, même si le terme est un peu désuet, mais bien incarné par la CPI.

 

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Cet axe afrocentré, politique, diplomatique, économique, culturel etc, avec en ligne de mire la CPI en tant que symbole, ainsi que d’autres organes, systèmes, et accords de pérennisation d’un colonialisme larvé, était déjà constitué dès 2013. Composé de 12 pays dont l’un des chefs d’État avait tourné en dérision la Cour, demandant à un journaliste,  si « la Corée du Nord n’était pas localisable sur terre», Laurent Gbagbo peut en prendre le lead et le bâton de pèlerin. Victime, il en a  l’incontestable légitimité sur le plan africain. Car lorsqu’on a perdu près de 10 ans de sa vie, enfermé le plus clair du temps entre quatre murs, dans le froid d’une prison européenne, on peut comprendre cette envie d’en finir définitivement avec ce que l’on considère à raison, comme une infamie montée de toute pièce contre L’Afrique.

Assurément Laurent Gbagbo, si tel est le cas, pourra dire tout haut, ce que beaucoup de chefs d’état et leurs populations, pensent tout bas. Dire et surtout être écouté, car il s’agit maintenant d’agir et non plus de crier au loups, puis se comporter en agneau du sacrifice.

 

Une publication de ONG CI-Amérique

 

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