LOGEMENTS SOCIAUX : les trois principales raisons du fiasco ; les graves accusations du collectif des Ivoiriens de la diaspora

Projet phare de la gouvernance de société du président Alassane Ouattara, les logements sociaux ont fini par virer au mirage. Des professionnels de l’immobilier ont bien voulu revenir sur les raisons d’un échec qui fait tache dans le bilan du chef de l’Etat. Sur le même sujet, des Ivoiriens de la diaspora, dénonce les travers d’une opération qui, de leur point de vue, flirte avec l’extorsion de fonds.

 

« Beaucoup trop d’Ivoiriens sont mal logés. Beaucoup trop d’Ivoiriens paient des loyers trop élevés. Beaucoup trop d’Ivoiriens ne sont pas propriétaires de leurs logements et se sentent condamnés à rester locataires toute leur vie. Nous allons faire de la production massive d’habitat social une de nos toutes premières priorités. Nous concevrons et mettrons en œuvre des programmes d’habitat social à la portée de la grande majorité de la population de notre pays. Notre modèle : une maison de 5 millions de FCFA (Maison ADO), un emprunt de 5 millions de FCFA remboursé sur 25 ans dont la mensualité n’excédera pas 25 000 FCFA. Pour financer la construction de ces logements, nous mobiliserons 100 à 200 milliards de FCFA chaque année. Nous confierons ces ressources aux banques qui les prêteront aux ménages à revenu modeste. Cela leur permettra d’être propriétaire d’un logement… »

 

 

Miroir aux alouettes

Cet extrait du programme de société, « Vivre ensemble », Titre XIII intitulé « Améliorons notre cadre de vie », du candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2010, Alassane dénote du prix que l’actuel chef de l’Etat attachait alors à la politique des logements sociaux.

Onze ans plus tard, la profession de foi s’est muée en miroir aux alouettes.

Vaste arnaque

Dans une lettre ouverte à l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, en date du 30 août 2014, le collectif des Ivoiriens victimes du ministère de la Construction tirait avant l’heure, la sonnette d’alarme : « Force est de reconnaitre que plusieurs éléments nous amènent à croire que la préinscription des logements sociaux (…) ne sera qu’une vaste arnaque de plus au détriment de nos frères et sœurs de la diaspora … »

Le collectif argumente en dénonçant des « pratiques douteuses orchestrées par le ministre lui-même pour s’en mettre plein les poches en détournant les objectifs de cette heureuse initiative du gouvernement. »

 

 

 

Désintéressement de 10%

On apprend dans la suite de la lettre, la passation complaisante « des marchés de construction à des entreprises sans expérience et sans capacité technique et financière, appartenant soit à des membres du ministère, soit à des proches du ministre… » Ou encore que ; « le ministre Sanogo serait parvenu à faire créer des titres fonciers auprès de la conservation foncière pour ces entreprises, en vu de leur signer des arrêtés de concessions définitives, afin de leur permettre d’hypothéquer ces titres de propriétés auprès des banques pour bénéficier de prêts à travers lesquels les entreprises en question désintéresseront le ministre Sanogo des 10% qu’elles lui auraient promis en contrepartie de leurs marchés… »

Les causes profondes de l’échec

Des professionnels de l’immobilier auprès desquels nous avons cherché à comprendre les causes de l’échec du projet des logements sociaux, pointent trois causes principales :

 

  • L’indisponibilité des 5% de parcelles des parts sociales prélevées sur chaque lotissement approuvé sur toute l’étendue du territoire national afin de constituer des réserves foncières. Ce, conformément à l’arrêté n°030/MCAU/CAB/DGUF/DU du 14 octobre 2011 portant constitution de réserves pour les projets sociaux. Conséquence, l’Etat ivoirien est dans l’obligation de décaisser des fonds supplémentaires pour l’achat ou la purge de parcelles neuves.
  • L’éjection de la SICOGI du projet par la création du Centre de facilitation de formalités d’accès au logement (CEFFAL). Sans expérience, cette structure a passé des marchés avec des promoteurs privés tels que SANOBAT, SPIAC, SCI NIMBO… dont la seule référence reste leur proximité avec le ministre de la construction.
  • La délivrance systématique de titres de propriétés définitives (ACD) aux promoteurs sus-indiqués. Ce qui leur donne le droit de disposer de tous les droits sur les parcelles attribuées et de vendre les logements construits aux plus offrants !
  • Les prix se négociant entre 20 et 30 millions de F CFA. 4 à 6 fois leur valeur initiale souhaitée par le candidat Alassane Ouattara.

Y.T

 

 

 

Commentaires