MAUVAISE GOUVERNANCE: corruption, extorsion de fonds, des hauts gradés de l’armée et un diplomate épinglés

En Côte d’Ivoire, doit-on ou peut-on tout se permettre lorsqu’on travaille au sein des services militaires rattachés au ministère ivoirien de la Défense dirigé par Téné Birahima Ouattara ? Des officiers supérieurs et le chef de protocole de la Première dame, Dominique Ouattara ont érigé en système des manœuvres d’intimidation d’opérateurs économiques étrangers, d’extorsion de fonds, et de rédaction de faux documents portant symboles et emblèmes de la Côte d’Ivoire. LSI AFRICA lève, dans cette nouvelle publication, un coin de voile sur une rocambolesque escroquerie.

 

Président de la Côte d’Ivoire depuis le 6 mai 2011, Alassane Ouattara a toujours jugé indispensable de lutter contre la corruption pour la stabilité de ce pays de plus de 28 millions d’habitants. Malheureusement, un peu plus dix ans après son élection, son message a du mal à passer non seulement auprès des Ivoiriens en général, mais aussi et surtout dans son premier cercle. Tous les ouvrages édités depuis plus d’un siècle par les économistes confirment que “la corruption affaiblit la capacité de l’État à faire son travail, et qu’une corruption endémique peut fissurer les fondements d’une économie saine en dépréciant les normes sociales et en sapant les vertus civiques”. Alassane Ouattara le sait et il n’a de cesse de rappeler à son premier cercle que leur mission originelle est : “servir le pays, et non se servir”.

 

Dans une précédente enquête exclusive sur “les milliards du bois”, nous mettions en lumière un système de corruption bien structuré. Parmi les personnes citées dans ce scandale qui, selon nos informations, restera une nouvelle fois impuni, trois noms d’officiers réapparaissent étrangement. Il s’agit du colonel Inza Fofana, Commandant de l’Unité de lutte contre la grande criminalité (ULGC), du lieutenant-colonel Hugues Anselme Anoma, Directeur du renseignement stratégique, et enfin du “lieutenant” Olivier Durand ( il n’est pas un officier régulier au sein de l’armée Ivoirienne). Tous, appartiennent à des services rattachés au ministre de la Défense, Birahima Téné Ouattara, frère cadet du président Alassane Ouattara. Dans ce nouveau dossier, les 3 officiers sont aidés par le diplomate ivoirien Florent N’cho Yapi…chef de protocole de la Première dame de la Côte d’Ivoire, Dominique Ouattara. Le 23 mars 2021, il a été nommé ambassadeur par le Président Alassane Ouattara.

 

Ce qu’il s’est réellement passé. 

Karim Ouédraogo est un opérateur économique burkinabé qui a fait fortune dans l’orpaillage. Depuis plusieurs années, il s’est lié d’amitié avec le colonel Inza Fofana. Ce dernier est devenu son mentor en Côte d’Ivoire. Les deux hommes s’apprécient et se rendent mutuellement service. Karim Ouédraogo, qui a l’habitude de cadeauter son ami, lui a même construit une maison en signe de reconnaissance.
Pour ce ressortissant burkinabé, l’argent n’est pas un souci et, dans le cadre d’une nouvelle promesse d’obtention d’un permis d’exploitation, Karim Ouédraogo, alias Aladji, a été surpris et ulcéré de voir que le fameux permis a finalement été attribué à une société concurrente. Pour l’opérateur économique, c’est l’incompréhension, puisqu’il a “mouillé” chaque maillon du système dans le but d’obtenir le précieux permis. Il décide alors de ne plus sortir le moindre franc pour rémunérer ses intermédiaires. Le froid s’installe alors entre les deux amis.

Le lieutenant Olivier Durand (ivoiro-sénégalais fortement impliqué dans le dossier des “milliards du bois”), et détenteur de plusieurs sites d’orpaillage clandestin dans l’Est de la Côte d’Ivoire, fait office de coursier dans l’affaire. La colère de Karim Ouédraogo devient impossible à contenir. Il se plaint alors auprès de son soutien de toujours, Florent N’cho Yapi, espérant que ce dernier, de par sa position de chef de protocole de la Première dame, joue de son influence pour l’aider. Le Burkinabé ne savait pas que Florent Yayi est à l’origine du traquenard dans lequel il va se trouver. Karim Ouédraogo est invité par le diplomate ivoirien à son bureau pour tenter de “l’aider” à résoudre le problème, mais l’entretien entre les deux hommes se passe mal. La médiation est un échec. Et lorsque Karim Ouédraogo sort du bureau de Florent Yapi, il est aussitôt interpelé par des officiers, sur instruction de la direction générale du renseignement et de la sécurité de la Défense.

 

“Les Arnaqueurs VIP”.

Un dossier vide, un motif fabriqué de toutes pièces et, jusqu’à ce jour, la justice militaire en Côte d’Ivoire n’a aucune trace de ce document dont LSI AFRICA a copie. Le document émane du Ministère de la Défense, estampillé [Secret Défense], N°0042/MINDEF/DGRSD/DRS, avec comme contenu : ” M. Ouédraogo Karim et M. Kouassi (Géomètre) sont recherchés pour des faits séditieux ayant un lien manifeste avec le terrorisme (trafic d’armes, trafic d’or, blanchiment d’argent et financement du terrorisme) à travers l’orpaillage illicite de nature à porter atteinte à la sûreté de l’Etat et à la déstabilisation des institutions de la république”. Le fameux document en date du 4 août 2021 est signé par le colonel Inza Fofana, Commandant de l’Unité de lutte contre la grande criminalité (ULGC), et par le lieutenant-colonel Hugues Anselme Anoma, Directeur du renseignement stratégique. Jusque-là, Karim Ouédraogo ne sait toujours pas qu’il vit une supercherie digne de la série “Les Arnaqueurs VIP”, de Tony Jordan.

Pris dans la tourmente, le Burkinabé est prêt à tout pour échapper à la “justice ivoirienne”. Ses ravisseurs en treillis lui réclament alors la somme de 100 millions FCFA pour sa libération. L’opérateur économique voit rouge mais propose 40 millions FCFA séance tenante. Florent N’cho joue au facilitateur et obtient de Karim Ouédraogo la promesse du complément de 60 millions une fois de retour au Burkina Faso. L’affaire est juteuse. Les quatre personnes impliquées dans le dossier ont pu se partager les 40 millions FCFA. Karim Ouédraogo est alors libre de ses mouvements. L’homme décide de prendre le premier vol pour rallier le Burkina Faso. Proche du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré, l’affaire atterrit au Palais de Kosyam. Colère dans le camp présidentiel. Ce n’est qu’à ce moment-là que Karim Ouédraogo découvre que l’avis de recherche et l’arrestation sont en réalité une funeste escroquerie montée par le colonel Inza Fofana et ses collègues, avec le soutien logistique et stratégique du chef de protocole de Dominique Ouattara. La Première dame Ivoirienne découvrira sans doute cette sombre histoire en lisant ces lignes. L’opérateur économique Burkinabé a instruit son avocat pour que le Colonel Inza Fofana et ses complices soient poursuivis. Depuis, son téléphone n’a de cesse de sonner. Les auteurs de l’arnaque “supplient” Karim Ouédraogo, et lui  demandent “d’oublier le paiement des 60 millions restants à leur verser”.

 

Une impunité abyssale. 

Dans son nouveau projet de société proposé aux Ivoiriens sur la période 2021-2025, intitulé “Côte d’Ivoire“, Alassane Ouattara a fait de la lutte contre la corruption et l’impunité, des priorités. Le président Ivoirien dispose, au sein de son gouvernement, d’un ministère de la Promotion de la bonne gouvernance, du renforcement des capacités et de la lutte contre la corruption, dirigé par Epiphane Ballo Zoro. Plus d’un an après sa réélection pour un troisième mandat, l’impunité Zéro prônée est toujours au point mort. En 2020, un rapport de Transparency International classait la Côte d’Ivoire au 104e rang sur 180 en matière de lutte contre la corruption. Alfred Diabaté tient une cabine téléphonique à Koumassi. Son avis sur la lutte contre la corruption est sans équivoque : “dans notre pays, si tu voles un téléphone, tu es assuré d’aller en prison. Mais si tu voles des milliards, tu as droit à des gardes du corps et on te déroule le tapis rouge. J’ai une licence en communication mais je tiens ma cabine depuis 4 ans”, nous a-t-il confié. De son côté, Wilfried Kouadio, membre actif au sein du RHDP, souhaite voir le président Ivoirien aller plus loin : “le rapport de Théophile Ahoua N’Doli remis au président Alassane Ouattara a fait tomber des têtes. C’est déjà heureux que l’initiative soit prise, mais où en sont les poursuites ? Limoger c’est une chose, mais poursuivre les fautifs est toute autre chose.  C’est indispensable dans le cadre de la lutte anti-corruption“, insiste-t-il.

Si la corruption gangrène la plupart des services publics en Côte d’Ivoire, force est de constater que l’impunité est tout aussi difficile à combattre.  Il ne fait désormais l’ombre d’aucun doute que le colonel Inza Fofana, Commandant de l’ULGC, le lieutenant-colonel Hugues Anselme Anoma, Directeur du renseignement stratégique, le pseudo “lieutenant” Olivier Durand et le diplomate, Florent N’cho Yapi, chef de protocole de Dominique Ouattara, ne seront nullement inquiétés après nos révélations.

Selon plusieurs études réalisées en 2019, l’on estime à 32, 5 tonnes la production nationale d’or en Côte d’Ivoire, alors qu’un rapport de l’organisation African Security Sector Network a évalué à environ 30 tonnes l’orpaillage clandestin qui échappe totalement au contrôle de l’Etat, et donc à ses caisses.

Le préjudice financier dépasse 1 milliard……… LIRE LA SUITE  

 

Commentaires

error: Content is protected !!