PRESIDENTIELLE : Ouattara, Bédié, Gbagbo… Rendez-vous en 2025 ! Quid de Tidjane Thiam et de Guillaume Soro

Avril 2022 et 31 octobre 2025 : Dans trois ans et six  mois, la Côte d’Ivoire devra élire un nouveau président de la  République. Le magazine panafricain «Jeune Afrique » croit connaître les futurs prétendants au trône. Il révèle,  dans cet article ci-dessous,  les intentions, les forces et les équipes des uns et des autres.

 

«  Si l’heure est à l’apaisement entre les trois ténors de la vie politique ivoirienne, tous les regards demeurent rivés sur la prochaine présidentielle. La Côte d’Ivoire de 2022 n’a plus rien à voir avec celle qui n’a cessé de nous inquiéter ces deux dernières années, et c’est tant mieux. Les décès d’Amadou Gon Coulibaly, puis de Hamed Bakayoko, qui ont conduit Alassane Ouattara à revenir sur son engagement de ne pas briguer un troisième mandat ; la crise pré et postélectorale lors de la présidentielle d’octobre 2020 ; les tensions et querelles politiques incessantes ; l’épidémie de Covid-19… Depuis cette sinistre séquence, la raison a fini par prévaloir, et l’heure est à l’apaisement.

Ouattara a été réélu, Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI), est rentré en Côte d’Ivoire, et Henri Konan Bédié a mis de l’eau dans son champagne. Le chef de l’État a même rencontré ses deux prédécesseurs et adversaires de toujours, et le trio se donne à nouveau du « mon frère » en s’embrassant comme du bon pain, du moins devant les micros et les objectifs.

Enfin, le dialogue politique, dirigé par le Premier ministre Patrick Achi, qui vient d’être reconduit dans ses fonctions, a été un franc succès, de l’avis même des délégués de l’opposition, illustrant un retour à la normale dont nous avions perdu l’habitude.

 

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Mais si, sur la forme, cela change beaucoup de choses et permet aux Ivoiriens de ne plus être étreints par l’anxiété, sur le fond, les perspectives n’ont en revanche guère évolué : les regards demeurent rivés sur la prochaine échéance cruciale, la présidentielle de 2025, qui s’annonce comme un nouveau tournant dans l’histoire du pays. Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, qui auront respectivement 83 ans, 90 ans et 79 ans à cette date, écrasent toujours de tout leur poids la vie politique en terre d’Éburnie, et personne ne peut affirmer avec certitude qu’ils ne seront pas sur la ligne de départ dans trois ans. Une situation – cette sarabande qui dure depuis trois décennies – guère envisageable sous d’autres latitudes, mais, ici, c’est ainsi…

La dream team d’ADO

Du côté d’Alassane Ouattara, tout indique, même si l’intéressé n’en laisse rien paraître, qu’il entend cette fois sortir par la grande porte et donc préparer sa succession. Il sait qu’il ne trouvera plus jamais dans son camp l’alternative idéale que représentait feu Amadou Gon Coulibaly, fidèle parmi les fidèles depuis plus de trente ans, compétent, travailleur et respecté. Cette perte ne peut donc être « compensée » à l’identique. Patrick Achi représente pour l’instant l’option la plus rassurante à ses yeux, à condition qu’il fasse ses preuves, séduise les Ivoiriens et s’impose au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Ce qui ne ressemble pas vraiment à une sinécure. Sans doute, si jamais cette option était retenue, qu’ADO mettrait en place une équipe pour accompagner son futur successeur, quel qu’il soit d’ailleurs. Parmi les membres les plus probables de sa dream team, son frère Téné Birahima Ouattara, actuellement à la tête de la Défense, son directeur de cabinet Fidèle Sarassoro, le nouveau vice-président (et ex-gouverneur de la BCEAO) Tiemoko Meyliet Koné), le secrétaire général de la présidence Abdourahmane Cissé, la ministre des Affaires étrangères Kandia Camara et le patron du RHDP Gilbert Koné Kafana. ADO a encore du temps devant lui pour mettre en place le puzzle. Surtout, il faudra un bilan et des résultats tangibles en matière d’amélioration du quotidien des Ivoiriens… dans une conjoncture économique mondiale qui n’incite guère à l’optimisme. L’heure est donc au retroussage de manches. C’est d’ailleurs le sens du remaniement gouvernemental auquel nous venons d’assister.

 

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Henri Konan Bédié, fidèle à son habitude et à sa stratégie politique, demeure en revanche muet comme une carpe du lac aux Caïmans (Yamoussoukro), y compris avec ses proches. Moins on en sait sur ses intentions, mieux il se porte. Sa succession, lui qui pense que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) ne lui survivra pas, n’est pas à l’ordre du jour et ne le sera guère plus dans quelques mois. Il n’a jamais digéré le passé, estime toujours que sa place est au palais du Plateau et n’exclut donc pas de concourir en 2025, malgré son âge et le ras-le-bol de ses troupes, qui attendent désespérément leur tour depuis des lustres. Seul Jean-Louis Billon a eu le courage d’exprimer son ambition pour la prochaine présidentielle, mais Bédié ne le porte pas vraiment dans son cœur et n’a pas manqué de le recadrer. Bref, le « Sphinx » s’évertue à gagner du temps et à préserver son statut, se rapprochant avec une prudence de sioux d’ADO, avec lequel il échange régulièrement au téléphone, tout en excipant de son alliance avec Gbagbo pour ne pas aller plus loin dans la réconciliation avec le chef de l’État. À ce rythme, le funambule de Daoukro a encore de beaux jours devant lui…

 

Laurent Gbagbo…

Enfin, Laurent Gbagbo. Il a quitté le Front populaire ivoirien (FPI), abandonné à Pascal A” Nguessan, pour créer sa propre formation, le Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPA-CI). Et se montre relativement discret, en dehors de quelques saillies médiatiques, depuis son retour en fanfare, en juin 2021. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, il ne fait pas d’une candidature en 2025 une obsession. Il veut surtout être respecté, considéré et obtenir son dû : le versement de la totalité de ses salaires et indemnités d’ancien président.

 

 L’hypothèse Tidjane Thiam

En dehors de nos trois ténors ou de ceux qu’ils désigneront pour prendre la relève, peut-on imaginer l’émergence d’un Macron ivoirien ? Un homme (ou une femme) qui incarnerait une nouvelle voie ? On évoque souvent le nom de Tidjane Thiam, l’ancien patron du BNETD et ministre du Plan sous Bédié, puis directeur général du Crédit Suisse et de Prudential. Si tant est que l’intéressé en ait l’ambition, et la volonté, les écueils à surmonter semblent trop importants pour imaginer un tel scénario. Thiam n’a plus mis les pieds dans le pays depuis deux décennies et, malgré son aura de grand patron qui a brillé dans de très grandes institutions financières, n’est guère connu du grand public, en tout cas en dehors des salons feutrés d’Abidjan. Sans assise politique, il a peu de réseaux locaux.

 

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Seul un adoubement par Bédié pourrait le mettre sur orbite. Le risque d’un échec à la Lionel Zinsou au Bénin, pourtant soutenu à bout de bras par le président sortant Thomas Boni Yayi, semble trop grand pour cet homme qui n’est pas sans ego. « Il n’ira que s’il est sûr de l’emporter, explique un proche. Donc il n’ira pas. »

 

Guillaume Soro, faute de patience

Quant à Guillaume Soro, l’ancien chef rebelle devenu Premier ministre, puis président de l’Assemblée nationale, jadis numéro deux du pays et désormais en rupture de ban, il poursuit son exil mystérieux et a disparu des écrans radars, abandonné par le gros de ses troupes. Sans doute médite-t-il sur les vicissitudes du destin : s’il avait fait preuve de patience et était resté au RHDP, il aurait aujourd’hui un boulevard devant lui dans la course à la succession de Ouattara.

« On ne peut pas labourer, semer, récolter et manger le même jour », dit le proverbe. Si 2025 obnubile les politiques ivoiriens, il reste encore de nombreuses étapes d’ici là, et autant de possibles coups de théâtre ou de surprises. Prochain (et ultime) test dans un an, avec les régionales. Un peu de patience, donc…

J.A

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