TRIBUNE DU PPA-CI :  Koné Katinan invite le gouvernement a arrêter la spirale de l’endettement, et présente la nouvelle école ivoirienne selon le PPA-CI  

Le sixième numéro de la Tribune du PPA-CI s’est tenu ce 22 septembre. L’occasion pour l’animateur, Justin Koné Katinan, de jeter un regard critique sur les résultats scolaires de  fin d’année et la rentrée ; et l’exécution budgétaire. Aussi le PPA-CI  a-t-il présenté la nouvelle école selon le PPA-CI,  non sans inviter appelé le gouvernement à revoir sa politique budgétaire en arrêtant la fuite en avant caractérisée par des annonces aux effets uniquement propagandistes ;  à accorder une oreille attentive aux critiques et recommandation de la Cour des comptes ; à arrêter la spirale infernale de l’endettement. Morceaux choisis.

 

𝗜. 𝗟𝗘 𝗥𝗘𝗚𝗔𝗥𝗗 𝗗𝗨 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜 𝗦𝗨𝗥 𝗟𝗘𝗦 𝗥𝗘́𝗦𝗨𝗟𝗧𝗔𝗧𝗦 𝗦𝗖𝗢𝗟𝗔𝗜𝗥𝗘𝗦 𝗗𝗘 𝗙𝗜𝗡 𝗗’𝗔𝗡𝗡𝗘́𝗘 𝗘𝗧 𝗟𝗔 𝗥𝗘𝗡𝗧𝗥𝗘́𝗘 𝗦𝗖𝗢𝗟𝗔𝗜𝗥𝗘

 

L’année scolaire 2021-2022 s’achève avec les examens de fin d’année. Une année scolaire, c’est l’enseignement/apprentissage, mais aussi les examens de fin d’année qui constituent un outil d’évaluation des choix politiques en matière d’éducation et des apprentissages scolaires. Cette année, nous enregistrons, pour les examens scolaires, les taux de réussite suivants :

– CEPE : 64.76%

– BEPC : 28.89%

– BAC : 30.78%

Ce sont des résultats faibles, révélateurs de la crise structurelle et pédagogique que traverse l’école ivoirienne. Très peu de choses sont par elles-mêmes aussi évidentes que l’état désastreux de l’école ivoirienne d’aujourd’hui. Toutes les études sérieuses sur l’école ivoirienne chutent invariablement sur cette conclusion. Il en va ainsi des rapports du PASEC (2014 et 2019) du RESEN (2015) et celui de la Banque Mondiale (2015). En effet, selon le PASEC-2014, « les élèves des cours moyens ne comprennent pas ce qu’ils lisent et ne peuvent pas traiter des situations-problèmes de 2 à 3 lignes ». Celui de 2019 affirme que « 78% des élèves en fin de cycle primaire n’ont pas de compétence dans le traitement d’un texte global pour tirer parti des textes narratifs, informatifs et des documents ». Une étude commandée par la Banque Mondiale en 2015 rapporte que « 47% des admis en sixième abordent la classe sans disposer des compétences attendues, et 40% de ceux-ci ne terminent pas le premier cycle du secondaire ». La situation est identique au niveau universitaire.

 

Selon l’agence Ecofin, qui rend public un classement des universités africaines effectué par « US News and World report » pour l’année 2022, aucune université ivoirienne ne figure dans le tableau des universités classées. Les universités sud-africaines et égyptiennes occupent la quasi-totalité de ce tableau. Une tribune spéciale sera consacrée à la question de l’enseignement supérieur. Dans un communiqué, référencé 01311/MFP/DGFP/DGAPCE/tr-ky du 24 mai 2022, madame la ministre de la fonction publique a reconnu et dénoncé l’existence de plusieurs faux diplômes fournis par des candidats aux concours de l’administration. Pendant la campagne de « Campus France 2021, l’ambassade de France en Côte d’Ivoire a également dénoncé des faux diplômes aussi bien au niveau des élèves de Terminale que ceux du supérieur. Cette dénonciation a été rendue publique le 18 février 2021 dans les termes suivants « la fraude documentaire nuit gravement à la réputation des étudiants et des établissements ivoiriens ». La situation lamentable dans laquelle se trouve notre école est illustrée par deux lettres anonymes, sous la forme de rapport, que des élèves, candidats au Bac, ont déposées au PPA-CI. Nous produirons ces documents tels qu’ils ont été déposés, avec leurs insuffisances, pour en préserver l’intégrité.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi une école, jadis référence dans la sous-région, est-elle arrivée à cet état de désagrégation ?

Le PPA-CI dégage un faisceau de plusieurs raisons justificatives de ce naufrage de notre système éducatif. Une principale de laquelle dérivent les autres qui lui sont subsidiaires. Ces raisons peuvent être regroupées en deux types. Le type principal est d’ordre politique, le second est d’ordre structurel et didactique.

𝟭. 𝗟𝗲𝘀 𝗿𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀

Comme tous les services sociaux en Côte d’Ivoire, l’école ivoirienne est une grosse victime des mesures d’ajustements structurels des années 90 issues de ce que l’on appelle le Consensus de Washington qui a consacré l’ultralibéralisme. Le marché étant désormais devenu l’unique régulateur de la vie économique et sociale, l’école ivoirienne tombe dans le commerce. Les premiers coups sérieux portés à l’école ivoirienne sont l’œuvre de l’actuel Chef de l’Etat, le commis parfait des promoteurs de la doctrine ultralibérale des années 90.

L’une des mesures phares qu’il a prises, dès les premiers jours de sa fonction de Premier ministre, fut le raccrochage des enseignants.  Il convient de rappeler que, pour encourager les Ivoiriens à embrasser la carrière d’enseignant, métier ultra dominé alors par une cohorte d’expatriés, notamment français qui coûtaient très cher au Trésor Public en terme de salaires et autre avantages, le Président Houphouët Boigny avait décidé de décrocher le salaire des enseignants de la grille salariale de la Fonction publique. Déjà à l’ENS, les étudiants recevaient un bonus qui venait s’ajouter à leur bourse.

Nommé Premier ministre avec pour mission de trouver le mécanisme pour rembourser la dette ivoirienne, il n’avait trouvé d’autre solution que de réduire de manière drastique les chapitres budgétaires alloués aux services sociaux de base dont l’école. C’est dans cette logique qu’il décida, en 1991, d’aligner le salaire des enseignants sur la grille de la Fonction publique. L’effet immédiat de cette décision fut l’abandon des classes par les enseignants qui se ruèrent vers d’autres destinations, soit interne, soit étrangère par la voie de l’immigration. Cette situation, venant s’ajouter à celle de la fermeture des internats quelques années plus tôt, annonça le début du déclin de l’école ivoirienne.

Afin de corriger la trajectoire déclinante de l’école, le Président Laurent GBAGBO, une fois arrivé au pouvoir, entreprit un certain nombre de mesures. Il fit décrocher à nouveau les enseignants, puis adopta un nouveau profil de carrière aux enseignants qui leur redonna une meilleure grille de salaire différente des autres fonctionnaires. Il entreprit également de rendre l’accès à l’école moins coûteux pour les parents d’élève, gagnés par une forte paupérisation, notamment en milieu rural, consécutive aux mesures d’ajustements structurels. Ces mesures sont entre autres :

– La réduction des frais d’inscription ;

– La distribution gratuite des livres et autres manuels scolaires ;

– La libéralisation du port de l’uniforme ;

– La pérennisation des cantines scolaires. Sur ce point, il importe de rappeler qu’avant son arrivée au pouvoir, les cantines fonctionnaient exclusivement sur l’approvisionnement du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Pour rendre ces cantines pérennes, il fut mis en place les coopératives agricoles pourvoyeuses des aliments aux cantines. Ces mesures, qui rétablissaient un égal accès à l’école pour tous les enfants, permirent une nette amélioration des inscriptions au CP1.

En 1995, en vue de répondre à la forte demande, sans cesse croissante, de l’accès à l’école, le gouvernement d’alors avait formalisé, par une loi sous forme de concession de service public, la privatisation de l’école. Malheureusement ce partenariat secteur public secteur privé va vite se transformer « en marchandisation de l’école ». Une enquête conduite par les chercheurs Zambli Théodore Goin Bi, de l’université Pelforo-Gon Coulibaly de Korhogo et Nguessan Claude Koutou de l’université Félix Houphouët Boigny, et publiée en décembre 2019 dans la « Revue Internationale d’éducation de Sèvres » situe l’opinion sur l’ampleur de la marchandisation de l’école ivoirienne. En effet, selon ces deux chercheurs, de 604 établissements privés (primaires et secondaires) dans les années 60, notre pays en enregistrait 4255 en 2018. Ces établissements se composent comme suit :

 

– 2481 pour le primaire

– 1495 pour le secondaire

– 279 pour l’enseignement technique

 

En face, l’on enregistre 524 établissements publics d’enseignement dans le secondaire et seulement 4 pour l’enseignement technique. Le rapport est de 74% pour le privé contre 26% pour l’enseignement public et 99% pour le privé contre 1% pour l’enseignement technique. Ces statistiques sont confirmées par le tableau des effectifs des élèves dressés par le ministère de l’éducation nationale.

Le tableau des effectifs laisse ressortir que la moitié des élèves fréquentent les établissements d’enseignement privé. Il convient de rappeler que selon l’UNESCO, est considéré comme structure éducative privée « l’établissement contrôlé et géré par une organisation non gouvernementale (Eglise, syndicat, entreprise), qu’il reçoive ou non des Fonds publics ». Conformément à la convention de concession de service public définie dans la loi de 1995 précitée, les frais de scolarité des élèves affectés dans les établissements privés sont fixés à :

– 120 000 FCFA par élève au premier cycle ;

– 140 000 FCFA par élève au second cycle ;

– 175 000 FCFA par élève technique

 

L’enseignement privé occupe donc une place prépondérante dans le système éducatif ivoirien aussi bien en termes de structures d’accueil que du nombre d’élèves qui les fréquentent. Ils reçoivent par ailleurs des fonds publics importants pour la prise en charge des élèves qui y sont affectés par l’Etat. Il s’en suit donc que ces établissements, autour desquels se bâtit la politique éducative ivoirienne, doivent faire l’objet d’un contrôle plus strict de la part de l’Etat, à l’instar de ce qui se fait à l’endroit de tous les concessionnaires de service public. Ce contrôle devrait porter à la fois sur la qualité didactique de l’enseignement qui y est donné et sur l’usage des deniers publics qui y leur sont alloués.  Or, selon les résultats des enquêtes des deux chercheurs précités, l’enseignement privé, à quelques exceptions près, notamment des écoles confessionnelles, souffre de deux carences majeures qui sont le mauvais traitement salarial des enseignants et leur manque de formation pédagogique.

En effet, en ce qui concerne le salaire des enseignants du privé, l’enquête révèle que :

 

– Seulement 17% ont un salaire minimal fixe ;

– 83% ont une rémunération sur la base du taux horaire

– 24,75% des enseignants sondés se disent satisfaits de leurs salaires.

– La majorité des enseignants sont privés de salaires pendant de très longs mois.

 

Au niveau de la qualité pédagogique des enseignants, l’enquête relève que, bien que disposant d’enseignants ayant des diplômes qui attestent de leur formation scolaire ou universitaire, ceux-ci n’ont pas de formation pédagogique adéquate. Cette absence de formation pédagogique se ressent sur la qualité de l’enseignement. Pire, l’enquête relève le non-respect de la règlementation, notamment les dispositions de la loi de 1995. Elle illustre ce non-respect de la règlementation, entre autres, par l’existence d’écoles clandestines ou la pratique de tutorat qui consiste, pour un établissement non autorisé, à fonctionner sous le couvert d’un autre établissement autorisé.

L’enquête met également en lumière le non-respect des critères de recrutement des enseignants et du manque de matériel didactique. Les statistiques fournies par les deux chercheurs établissent que les écoles privées sont fréquentées, en majorité, par les enfants des parents aux revenus modestes, eux-mêmes très peu instruits. Dans une vue panoramique plus large sur l’école ivoirienne, il convient de la mettre en rapport avec la chute de l’autorité morale tant au niveau de la société qu’au niveau de l’Etat. En effet, dans une société dont les valeurs de référence restent le gain facile, alimenté par toutes sortes de trafics illicites (drogue, corruption endémique tolérée par l’Etat, crimes organisés etc ;), le goût de l’effort perd tout son sens. Depuis 2011, le gouvernement a pris l’option de la préférence clanique et partisane à la qualité dans sa politique de promotion des valeurs républicaines. La théorie du rattrapage ethnique et du « tabouret » en constitue la meilleure illustration.

De ces problèmes d’ordre politique découlent ceux d’ordre technique et structurels

 

𝟮. 𝗟𝗲𝘀 𝗱𝗲́𝗳𝗮𝗶𝗹𝗹𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗱’𝗼𝗿𝗱𝗿𝗲 𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲𝗹 𝗲𝘁 𝗱𝗶𝗱𝗮𝗰𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲

Considérons les résultats scolaires des cinq dernières années pour essayer d’appréhender la situation de l’école. La lecture du tableau nous donne de constater un net recul des résultats scolaires de 2018 à 2022. Si pour les sessions de 2018, 2019 et 2020 les taux de réussite sont élevés, il n’en demeure pas moins pour ceux de 2021 et 2022 qui ont considérablement chuté.

En effet, pour les résultats 2018, 2019 et 2020, il n’était pas rare que des inspecteurs de l’enseignement préscolaire et primaire soient relevés de leurs fonctions de chefs de circonscription parce qu’ils n’avaient pas réalisé des résultats scolaires « brillants »   atteignant les 80%.

 

Le manque de rigueur a repris ses droits. Les faibles résultats scolaires des sessions 2021 et 2022 relèvent d’une tentative du régime RHDP/RDR de corriger ce qui peut l’être encore, de l’échec de l’école sous la gouvernance. Ici, on parle de rigueur et de la volonté de sauver l’école. Alors, le coefficient 1 qui était affecté à toutes les disciplines dans le secondaire change. On revient aux anciens coefficients avec les matières spécifiques selon la série. Désormais, l’orthographe avec le texte lacunaire fait place à la dictée au CM2 pour l’examen du CEPE. Mais en le faisant, on revient à la pédagogie par objectif sans le savoir. Alors que la méthodologie en vigueur est l’approche par les compétences « APC » dont les formats d’évaluation sont différents de ceux de la pédagogie par objectifs « PPO ».

Aussi pendant les écrits aux différents examens des mesures de dissuasion à la fraude sont mises en place. Il s’agit notamment des numéros verts dans les salles, l’interdiction des téléphones portables, des caméras qui seraient installés dans les centres de composition et l’utilisation d’un seul surveillant par salle. Ces mesures ont certainement contribué à amoindrir un tant soit peu la tricherie sans en toucher la cause fondamentale comme l’attestent les deux rapports anonymes qui ont été adressés au PPA-CI.

Le recul du niveau de l’apprentissage dans le système éducatif ivoirien est aussi attesté dans tous les rapports sur la faiblesse de l’école ivoirienne et par ricochet, celle de l’enseignement. Au niveau didactique et structurel, les faiblesses de l’écoles s’expliquent par plusieurs raisons

-Au niveau des apprentissages, la Côte d’Ivoire a fait le choix de la pédagogie de l’intégration comme paradigme de l’enseignement/apprentissage.

Cependant, les fondements de l’APC ne sont pas totalement appliqués.

 

𝟯. 𝗣𝗲𝗿𝘀𝗽𝗲𝗰𝘁𝗶𝘃𝗲𝘀 :

 

Face à la léthargie dans laquelle se trouve l’école et au regard des facteurs explicatifs (non exhaustifs) que nous avons énumérés ci-dessus, nous faisons les propositions suivantes pour améliorer le niveau de l’apprentissage et les résultats scolaires.

 

𝟮.𝟭. 𝗔 𝗺𝗼𝘆𝗲𝗻 𝘁𝗲𝗿𝗺𝗲

 

– Pour résorber le déficit d’enseignants, il urge de faire une bonne péréquation du personnel de la Fonction Publique.

– Organiser des plans de formation continue pour vulgariser la réforme APC auprès de toute la hiérarchie éducative pour une uniformisation des pratiques ;

– Réécrire la réforme APC en intégrant les aspects qui ont été extraits des dispositifs au moment du recadrage de 2012 ;

– Organiser le recrutement des enseignants dans la rigueur ;

– Porter la formation initiale à deux ans de théorie alternée de stages pratiques, dans les centres de formation suivie d’une année de mise en responsabilité dans les inspections préscolaires et primaires ;

– Exiger un niveau d’encadrement pédagogique aux inspecteurs et aux conseillers pédagogiques ;

– Corriger les dysfonctionnements au niveau des COGES afin que les moyens soient accordés au volet pédagogique et suivre la gestion des subventions allouées ;

– Faire un suivi rigoureux des subventions mises à la disposition des écoles privées. A ce propos, le gouvernement, dans le cadre de la concession de service public, doit exiger l’application d’une grille salariale pour tous les établissements privés qui reçoivent des fonds publics. L’absence d’une telle grille de salaire expose les enseignants du privé à la précarité. Et ce sont eux, privés de salaire pendant les périodes des grandes vacances, qui sont les plus sensibles aux tentatives de corruption telles que définies dans les deux courriers anonymes. Bénéficiaires de deniers publics, les établissements privés doivent rendre compte de l’usage qui en est fait en rapport avec les termes de la concession de service public si l’on veut en finir avec la « marchandisation de notre école ».

– Pour améliorer leurs compétences pédagogiques, des stages de recyclage doivent être organisés sur plusieurs sessions pour les enseignants du privé. La participation à ces séances de formation pédagogique doit être rendue obligatoire pour tous les enseignants des établissements privés.

– Améliorer le fonctionnement des cantines scolaires en mettant en place une politique pérenne d’alimentation dans les établissements au cours de toute l’année scolaire sur la base de l’expérience réussie sous la gouvernance du Président Laurent GBAGBO.

 

𝟯.𝟮. 𝗔 𝗹𝗼𝗻𝗴 𝘁𝗲𝗿𝗺𝗲 :

 

– Transformer les CAFOP en instituts universitaires de formation des professionnels de l’éducation : enseignants du primaire, conseillers pédagogiques, professeurs chargés de la formation des enseignants du primaire et inspecteurs de l’enseignement préscolaire et primaire.

– Former les acteurs aux trois compétences professionnelles nécessaires pour l’enseignement à savoir les compétences pédagogiques, didactiques et les compétences relationnelles pour un capital humain de qualité ;

– Créer une direction ou un centre de recherche et d’innovation pédagogique et susciter la recherche ;

– Instituer l’apprentissage des langues nationales dans les programmes éducatifs pour sauvegarder nos valeurs et notre identité culturelle.

– De façon plus générale, il faut en finir avec l’école fondée sur le paradigme de l’école coloniale. Tout comme l’école coloniale visait à pourvoir l’administration coloniale de personnel, l’école ivoirienne vise à fabriquer des fonctionnaires. De ce fait, elle est élitique. En occultant l’émergence de certaines compétences pendant la formation de base, l’école ivoirienne ne favorise pas la prise de soi de l’individu pour les besoins de son insertion sociale. Un enfant exclu par exemple en 3ème n’a aucune compétence des travaux manuels ou artisanaux qui lui permettraient de se prendre immédiatement en charge. Ce dernier aura passé 10 ans d’école pour rien.

 

𝗜𝗜- 𝗘𝗫𝗔𝗠𝗘𝗡 𝗖𝗥𝗜𝗧𝗜𝗤𝗨𝗘 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗚𝗘𝗦𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗕𝗨𝗗𝗚𝗘𝗧𝗔𝗜𝗥𝗘 𝟮𝟬𝟮𝟬 𝗗𝗨 𝗚𝗢𝗨𝗩𝗘𝗥𝗡𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗘𝗧 𝗔𝗡𝗔𝗟𝗬𝗦𝗘 𝗗𝗘𝗦 𝗕𝗨𝗗𝗚𝗘𝗧𝗦 𝟮𝟬𝟮𝟭 𝗘𝗧 𝟮𝟬𝟮𝟮

 

Lors de la présentation du document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2023 à 2025 au parlement, le ministre du budget et du Portefeuille de l’Etat a annoncé une prévision budgétaire de 11.272,1 milliards de FCFA. Ce budget enregistrerait, aux dires du ministre, une augmentation de 13,8% par rapport à celui de 2022 qui s’établit à 9. 901,1 milliards. Cependant, au Conseil des ministres du mercredi 14 septembre dernier, le ministre a annoncé que le budget initial connaîtrait une hausse qui le ferait passer de 9. 901,1 milliards à 10.734,5 milliards. Pourtant, le gouvernement reconnaît dans le compte rendu fait par son porte-parole à la suite de ce Conseil, que « sur le plan budgétaire, le pays devrait connaître une évolution non favorable des recettes et a contrario une hausse des dépenses publiques résultant des mesures de soutien aux secteurs impactés par la crise ».

 

Le gouvernement annonce même que le déficit budgétaire à fin mai est de 469,8 milliards. Ce déficit, selon le Conseil des ministres est plus prononcé que celui observé à la même période en 2021. C’est dans ce contexte de déficit budgétaire que le Chef de l’Etat a annoncé, dans son discours du 6 Août 2022, une série de mesures pour lutter contre la cherté de la vie. Des mesures qui font l’objet de forte publicité illustrée par de nombreux panneaux parsemés dans la ville d’Abidjan et au-delà. Comme toujours, le gouvernement tente de couvrir les défaillances de sa gouvernance par des écumes qui cachent la réalité des choses. C’est pourquoi, pour la présente tribune, le PPA-CI entend restituer cette vérité que l’on cache aux Ivoiriens suivant une pratique qui date de 2011. Pour éviter toute contestation des chiffres, nous nous en tenons à ceux qui sont fournis par les services de l’Etat et autres.

A cet effet, les sources suivantes ont été consultées :

– Le rapport de la cour des comptes sur le budget 2020,

– Les réponses du gouvernement aux critiques des médias,

– Le communiqué du conseil des ministres du 6 septembre 2022 et du14 septembre 2022 ainsi que de l’analyse des budgets 2021 et 2022.

 

𝗔-  𝗟𝗘𝗦 𝗢𝗕𝗦𝗘𝗥𝗩𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡𝗦 𝗘𝗧 𝗥𝗘𝗖𝗢𝗠𝗠𝗔𝗡𝗗𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡𝗦 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗖𝗢𝗨𝗥 𝗗𝗘𝗦 𝗖𝗢𝗠𝗣𝗧𝗘𝗦 𝗦𝗨𝗥 𝗟𝗘 𝗕𝗨𝗗𝗚𝗘𝗧 𝟮𝟬𝟮𝟬

 

La Cour des Comptes a publié, en septembre 2021, ses deux (2) rapports annuels sur l’exécution de la loi de finances en vue du règlement du budget de l’année 2020 et sur l’audit de performance des programmes de l’année 2020.

 

𝟭. 𝗥𝗮𝗽𝗽𝗼𝗿𝘁 𝘀𝘂𝗿 𝗹’𝗲𝘅𝗲́𝗰𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗹𝗼𝗶 𝗱𝗲 𝗳𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝟮𝟬𝟮𝟬

 

Dans le premier rapport intitulé : « Rapport sur l’exécution de la loi de finances en vue du règlement du budget de l’année 2020 », la Cour des comptes a fait les observations suivantes sur la gestion des finances publiques :

– L’exécution de la loi de finances de l’année 2020 fait apparaître un solde global déficitaire de 112 060 089 656 FCFA qui est la différence entre le solde budgétaire déficitaire de 2 207 628 729 594 F et le solde de trésorerie excédentaire de 2 095 568 639 938 F. Cet excédent de trésorerie ne permet pas de couvrir le solde budgétaire déficitaire. A ce niveau le gouvernement aurait dû expliquer les raisons pour lesquelles le solde budgétaire est déficitaire et le solde de trésorerie est excédentaire et pourquoi cet excédent de trésorerie ne permet de couvrir le solde budgétaire déficitaire. La comptabilité de trésorerie empêche en effet de lire la réalité budgétaire qui est fondée sur le principe des engagements.

– Le contrôle de la cour des comptes révèle des ouvertures de crédits décidés par le gouvernement qui ne respectent pas les textes régissant ce domaine, à savoir, l’ouverture des crédits doit se faire par décrets d’avance et non par arrêtés.

– Le niveau de la pression fiscale, selon le critère de convergence de l’UEMOA, devrait être supérieur ou égal à 20%. Or selon le rapport de la cour des comptes, ce taux en 2020 a été de 14,4%. Ce faible taux de pression fiscale a un impact négatif sur les recettes fiscales et partant sur les ressources de l’Etat.

– Le non-respect du ratio de la masse salariale sur les recettes fiscales. Ce ratio doit être inférieur ou égal à 35% des recettes fiscales. En Côte d’Ivoire ce ratio a été de 42,8% en 2020, soit un dépassement de 7,8% de la masse salariale, ce qui correspond en valeur à 334 milliards de FCFA.

– Les Ministères en charge du Budget et des Finances ont outrepassé leurs prérogatives de modification du budget en excédant les 1% (transfert de crédits) prévus par la loi de finances à 12,8% pour l’année 2020 (Article 25 de la Lolf). Ce qui correspondrait à 1 078 milliards de Fcfa.

– Le gouvernement n’a pas régularisé les actes modificatifs pris avant l’adoption de la loi de finances rectificative (Lfr) en application de l’article 25 de la Loi.

– Il n’a pas veillé au respect de la distinction entre les dépenses ordinaires et les dépenses en capital dans la présentation du projet de la loi de finances initiale (Lfi), du projet de Lfr, du rapport de présentation du projet de loi de règlement (LR) et du projet de LR telle que prévue par la Lolf (Directive n°06/2009/CM/UEMOA du 26 juin 2009 et reprise par l’article 11 de la Lolf).

– Les ministères du budget et des finances n’ont pas présenté dans les projets de Lfi, de Lfr et de LR, les « dépenses en atténuation de recettes » conformément aux dispositions de la Lolf et aux exigences du Code de transparence dans la gestion des finances publiques (Articles 6, 8, 11, 12 et 13 de la Lolf consacrent une nouvelle présentation du budget de l’État en distinguant les recettes et dépenses budgétaires des ressources et charges de trésorerie). Il s’agit de valeurs de recette constituées en quasi-totalité de remboursement et de dégrèvement d’impôts.

 

𝟮-  𝗟𝗲𝘀 𝗿𝗲́𝗽𝗼𝗻𝘀𝗲𝘀 𝗱𝘂 𝗚𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗮𝘂𝘅 𝗰𝗿𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗠𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘀 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗿𝗮𝗽𝗽𝗼𝗿𝘁 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗖𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗽𝘁𝗲𝘀 𝗿𝗲𝗹𝗮𝘁𝗶𝗳 𝗮̀ 𝗹𝗮 𝗴𝗲𝘀𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗟𝗼𝗶 𝗱𝗲𝘀 𝗙𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝟮𝟬𝟮𝟬

 

En réponse aux écrits de la presse qui a fait des critiques sur la gestion budgétaire 2020 qui aurait été sanctionnée par la cour des comptes dans son rapport annuel 2020, le gouvernement a fait deux remarques :

– Le rapport de la cour des comptes a conclu à la conformité globale entre les documents relatifs aux comptes publics ;

– Avec la production des rapports annuels de performance, la Côte d’Ivoire est devenue le premier pays de l’UEMOA à réaliser tout le cycle de la réforme budgétaire. Ce qui confirme les appréciations positives issues de l’évaluation de la gestion des finances publiques par l’UE à travers le mécanisme PEFA, et les conclusions favorables des programmes macroéconomiques menés avec le FMI.

Le Gouvernement va plus loin pour inviter les uns et les autres à saluer et à accompagner les efforts importants qu’il a déployés en matière de transparence budgétaire.

 

𝗕- 𝗔𝗡𝗔𝗟𝗬𝗦𝗘 𝗗𝗨 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜

𝟭. 𝗟𝗲𝘀 𝗽𝗲𝗿𝗳𝗼𝗿𝗺𝗮𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗯𝘂𝗱𝗴𝗲́𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀

Contrairement à ce que tente de faire croire à l’opinion publique, les critiques de la Cour des Comptes, du reste au minima en raison des pesanteurs politiques qui contribuent à édulcorer ses critiques, mettent en évidence les carences de la gestion du gouvernement. Une lecture combinée des données macro-économiques et budgétaires jette plus de lumière sur l’impasse dans laquelle le gouvernement conduit le pays.

 

Le PPA-CI relève trois grosses faiblesses liées à ce faible taux de pression fiscale mise en rapport avec l’accroissement des recettes.

La Côte d’Ivoire connait un déficit budgétaire chronique qui est d’origine structurelle et non conjoncturelle comme laisse croire le gouvernement. Ce déficit oscille entre 5 et 6% du PIB. 5,6% en 2020, 5% en 2021, il passe à 6% selon les prévisions du gouvernement en 2022.  Ces déficits sont largement au-dessus de la limite de 3% tolérée dans la zone UEMOA. Or, ces déficits en eux-mêmes sont déjà minorés par des pratiques budgétaires peu orthodoxes. En effet, le budget est un ensemble d’engagements que le gouvernement prend à partir des prévisions réalistes et non fantaisistes. Mais il est constant que pour minimiser le déficit budgétaire, le gouvernement ferme prématurément le droit d’engagement reconnu aux bénéficiaires des lignes de crédits du fait du vote du budget. En lieu et place, le gouvernement fonctionne par des mouvements de trésorerie. En d’autres termes, le gouvernement change les engagements budgétaires en cours de route afin de contenir dans les limites acceptables le déficit budgétaire. C’est ce que la Cour des Compte a relevé en faisant ressortir le déficit budgétaire assis sur les engagements et l’excédent de trésorerie, basé sur une comptabilité de trésorerie. Le solde de trésorerie est une situation « de caisse » et des autres effets à un instant précis.

Une autre donnée qui illustre l’impasse dans laquelle le gouvernement engage le pays est la faiblesse de la pression fiscale. Celle-ci est le rapport entre le montant de tous les prélèvements fiscaux et parafiscaux et le PIB. L’UEMOA fixe comme taux de performance satisfaisant de la pression fiscale à de 20% du PIB. En Côte d’Ivoire, sous le régime actuel, cette pression est de 14,4%.  Certaines sources la situent même à 12% (voir présentation de l’annexe fiscale 2022 le 7 janvier 2022). La Côte d’Ivoire a donc l’un des taux de pression fiscale les plus bas de la sous-région UEMOA. Paradoxalement, les recettes fiscales augmentent d’une année à une autre. A mi-parcours celles-ci (DGI, DGD et Trésor) connaissent une hausse de l’ordre de 9,2% par rapport à la même période de l’exercice précédent.

 

Le PPA-CI relève trois grosses faiblesses liées à ce faible taux de pression fiscale mise en rapport avec l’accroissement des recettes.

Primo, la faible pression fiscale dénote la désarticulation de la structure de l’économie ivoirienne. La croissance économique est portée par des secteurs économiques très peu fiscalisés. L’on relève, entre autres, le secteur informel qui fournit selon la BAD, 70 à 90% de l’emploi, les travaux publics de l’Etat exécutés en franchise de taxe pour ne pas en augmenter les coûts, l’immobilier dont l’impôt est insuffisamment recouvré etc.

Secundo, l’augmentation des recettes fiscales, dans un contexte de faible pression fiscale atteste de ce qu’une part congrue de l’économie supporte la surcharge fiscale. Il s’en suit donc une mauvaise répartition de la pression fiscale qui justifie les nombreuses complaintes à chaque nouvelle annexe fiscale. Par exemple, la surcharge fiscale du secteur de la téléphonie mobile explique la faible rentabilité du secteur des petits opérateurs qui collaborent avec les compagnies de téléphonie mobile (transfert d’argent notamment). Elle contribue à enchérir les coûts.

Tertio, la faible mobilisation des recettes domestiques justifie l’addiction du gouvernement à la dette comme l’unique source de financement de la croissance économique. Sur ce point le gouvernement ne manque pas d’imagination. Classée dans la catégorie des pays dits à revenus intermédiaires dans la tranche inférieure (IDA), la Côte d’Ivoire n’a accès, selon les directives du FMI, qu’aux prêts aux taux concessionnels. C’est pourquoi, elle est absente depuis deux ans du marché financier international (Euro Bonds par exemple). Pour satisfaire son addiction à la dette, le gouvernement use de tous les subterfuges pour accéder aux prêts concessionnels. Les exemples les plus récents ont été rendus publics par les derniers Conseils des ministres. Le gouvernement a annoncé le projet de ratification de deux conventions de prêts.

 

𝟮. 𝗟𝗲𝘀 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗮𝘂𝘅 𝗽𝗿𝗲̂𝘁𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝘀𝗲 𝗷𝘂𝘀𝘁𝗶𝗳𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗶𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁

 

Le premier est l’Adoption du projet de décret portant ratification d’un accord de prêt d’un montant de 90 000 000 d’Euros soit 59 036 130 000 F CFA conclu le 19 juillet 2022 entre la Côte d’Ivoire et la Banque Asiatique d’Investissement dans les infrastructures (BAII).

 

Selon le communiqué du Gouvernement, ce projet est destiné au financement du projet stratégique de préparation et de riposte à la COVID 19. Il s’agit de mettre en place un réseau de centres opérationnels d’urgence de santé publique dans les régions sélectionnées, etc…

Le PPA-CI s’interroge sur la pertinence d’un tel prêt dans un contexte où la pandémie de la COVID donne tous les signes d’un recul dans notre pays, en témoigne la fermeture de quatre centres de prélèvement à Adjamé, à Attécoubé, à Marcory et à Yopougon (confère le journal INTER du 20 septembre 2022).

C’est le lieu de rappeler qu’au début de la covid19, la Côte d’Ivoire avait bénéficié d’un concours de 532, 7 milliards de FCFA du FMI et attendait d’autres financements de l’UEMOA, de la BCEAO, de l’UE, de la BAD, de la Banque Mondiale, de la BID et des Bilatéraux. Sans en avoir fait le bilan de cette première phase de lutte contre la COVID 19 en rapport avec les sommes perçues au titre de celle-ci, le gouvernement contracte un nouveau prêt pour la même cause. Or, plusieurs rapports, dont celui de la Cour des comptes, établissent par exemple que les Fonds perçus par le gouvernement ivoirien ont été gérés sans l’implication des comptables publics. Ce qui constitue en soi, une entorse énorme à la gestion des finances publiques.

Le second exemple relatif à ce point porte sur l’adoption, par le Gouvernement de 2 projets de décret portant ratification de 2 accords de prêt.

 

–  Accord de prêt d’un montant de 132 000 000 d’Euros (86 979 898 200 F CFA) conclu le 27 juillet 2022 entre la Côte d’Ivoire et l’Association Internationale de Développement (AID) pour le financement du projet d’investissement FORESTIER – PHASE 2 ;

– Accord de prêt d’un montant de 8 000 000 USD (environ 5 163 697 400 F CFA) conclu le 27 juillet 2022 avec l’AID pour le financement du projet d’investissement FORESTIER-PHASE 2.

 

Pour comprendre ce prêt qui se cumule à 140 milliards d’Euros, il faut se référer au document stratégique élaboré conjointement par la BM et le ministère des Eaux et Forêts le 26 Avril 2022 intitulé « Projet d’Investissement Forestier (PIF) Phase 2. Stratégie de restauration des Moyens de Subsistance des Personnes Affectés par le Projet. Forêts classées concernée : Haute DODO, Rapides Grah et Scio ) ». Selon ce document, la Côte d’Ivoire enregistre le taux de déforestation le plus élevé du monde qui fait perdre en moyenne 4,3% par an de son couvert forestier. La même étude révèle que l’empiètement sur les forêts classées est passé de 18% en 1996 à 50% en 2014 et le rythme s’est davantage accru de 2017 à 2018, faisant de la Côte d’Ivoire le deuxième pays au monde ayant le pourcentage le plus élevé des forêts classées perdues. Le document explique cette situation par la nature même de notre économie qui repose exclusivement sur une agriculture extensive portée par le cacao qui constitue à 60% la cause de la déforestation. La production cacaoyère provenant des forêts classées représente 40% de la production totale. Enfin, le document relève que les occupants des forêts classées dans la zone de production cacaoyère sont à 54% d’origine étrangère, notamment Burkinabé et Malienne qui s’y sont installés à la faveur des évènements politiques de 2002 à 2011.

 

Ce prêt appelle de la part du PPA-CI, les commentaires suivants :

 

  1. Avant de contracter une dette aussi importante, et selon les standards internationaux, il est recommandé de faire une Analyse de Viabilité de la Dette (AVD) pour mesurer l’impact de la nouvelle dette sur les ratios de viabilité plutôt que de se focaliser sur le ratio communautaire d’endettement dont le rapport DETTE/PIB est inférieur ou égal à 70%.

Est-ce que cette étude a-t-elle été faite ? Quels en étaient les résultats ?

 

  1. Quel est le bilan du projet forestier phase I qui court depuis 2018 et qui doit prendre fin en 2023 ? Cette question est d’autant pertinente que le Parlement de l’UE a adopté, le mardi 13 septembre dernier, un texte qui bannit sur le territoire de l’UE, les produits agricoles issus de la déforestation.

 

  1. Il n’est pas juste de faire supporter par l’ensemble des Ivoiriens, les conséquences des turpitudes des actuels tenants du pouvoir qui se sont appuyés sur une rébellion armée pour accéder au pouvoir et dont les supplétifs de leur armée de conquête de pouvoir s’auto-payent en s’installant massivement dans les forêts classées comme le révèle le document ci-dessus rappelé.

 

  1. Le document ci-dessus constitue un aveu d’échec de la politique économique du gouvernement actuel, incapable de profiter des retombées du PPTE, durement obtenu par le Président Laurent GBAGBO, pour transformer la nature de l’économie ivoirienne. Or, l’objectif du PPTE était justement d’atteindre cette transformation. Le gouvernement actuel a accentué le caractère agricole de notre économie en aggravant sa précarité, sa vulnérabilité et son impact négatif sur l’environnement avec, notamment l’exploitation des aires protégées et de l’orpaillage clandestin.

 

  1. Incapable de changer la nature de l’économie, le gouvernement accentue les liens de servitude de la dette pour les générations futures.

 

C’est pourquoi, en raison du sérieux de la question environnementale, le PPA-CI invite incessamment les élus des régions dont les forêts classées sont réputées être bénéficiaires des prêts contractés de s’informer sur le terrain pour s’assurer la conformité des déclarations du gouvernement avec la réalité sur le terrain.

 

Le PPA-CI demande que le parlement se saisisse de la question de la déforestation et de demander au gouvernement comment il espère pouvoir répondre aux nouvelles exigences de l’UE, un partenaire essentiel, sur le bannissement des produits issus de la déforestation.

 

𝟯. 𝗣𝘂𝗯𝗹𝗶𝗰𝗶𝘁𝗲́ 𝗲𝘅𝗮𝗴𝗲́𝗿𝗲́𝗲 𝗮𝘂𝘁𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗺𝗲𝘀𝘂𝗿𝗲𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝗶𝗻𝗾𝘂𝗶𝗲̀𝘁𝗲𝗻𝘁

 

Les mesures annoncées par le Chef de l’Etat, le 6 Août dernier en faveur des fonctionnaires, et qui font l’objet d’une publicité déshonorante pour les fonctionnaires, comme si ces mesures constituaient un exemple singulier dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, sont inquiétantes. Ces mesures inquiètent parce qu’elles fragilisent davantage les finances publiques. A ce propos, il convient de signaler que le rapport masse salariale/recettes fiscales requis par l’UEMOA est d’au plus 35% ; Or selon le rapport de la Cour des Compte, en 2020 et 2021, ce rapport, en ce qui concerne notre pays est de 42,8%. La prise en compte des nouvelles mesures annoncées par le gouvernement va aggraver ce rapport. Et le déficit budgétaire, déjà chronique lui aussi va s’aggraver. Le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de recourir, soit à la dette, soit à une augmentation des taxes pour tenir le coup, ce d’autant plus que le gouvernement ne fait aucun effort pour diminuer son train de vie. Nos inquiétudes trouvent écho dans le projet de loi de finances rectificative de l’année 2022 adopté en Conseil des ministres du 14 septembre 2022.

 

En effet, le conseil des ministres a, en date du 14 Septembre 2022, adopté une communication relative au projet de loi de finances rectificative au titre de l’année 2022. Les modifications envisagées se traduisent globalement par une hausse du niveau du budget de 833,5 milliards de FCFA. Le nouvel équilibre du budget 2022 s’établirait ainsi en ressources et en dépenses à 10.734,5 milliards de FCFA contre 9.901,1 milliards initialement prévus.

 

A l’analyse du budget initial de 9.901,1 milliards de francs CFA, nous constatons que les ressources provenant des emprunts et des dons s’élèvent à 4. 333,8 milliards de francs CFA, soit 43,8% du budget. La hausse de 833,5 milliards appelle des remarques de notre part :

 

– Cette augmentation des dépenses va entrainer un important recours à l’aide extérieure (emprunts et dons) qui passe ainsi de 43,8% à 48,4% du projet de loi de finances rectificative ;

 

– Comment la Côte d’Ivoire compte financer son déficit budgétaire vu son statut de pays IDA (International Development Association) qui limite drastiquement ses possibilités d’emprunts à tous les guichets.

 

Au regard de ce qui précède, on peut affirmer que le budget de la Côte d’Ivoire est financé à hauteur de 50% par l’aide extérieure.

 

Que la mauvaise foi ne prête au PPA-CI une quelconque opposition aux mesures prises en faveur des fonctionnaires. Bien au contraire, le PPA-CI se félicite de ces mesures. Il s’inquiète par contre de l’effet boomerang qui pourrait se retourner contre les fonctionnaires si le gouvernement continue de s’éloigner de la prudence et de l’orthodoxie budgétaire qui, naguère, ont permis au Président Laurent GBAGBO, alors Président de la République d’améliorer considérablement la situation financière des fonctionnaires dans un contexte de crise avec la répartition du territoire national en deux.

 

En effet, contrairement à la grande publicité faite autour des mesures que l’on présente comme inédites en faveur des fonctionnaires, le Président Laurent GBAGBO avait déjà accordé d’énormes avantages à beaucoup de fonctionnaires. Aussi, est-il utile de rappeler les mesures suivantes qu’il avait prises à cet effet :

 

– En juin 2001, décrochage des enseignants. Le Président Laurent GBAGBO mettait ainsi fin à une injustice, créée par l’actuel Chef de l’Etat au niveau des enseignants, marquée par une disparité de salaires entre les enseignants pour le même travail après avoir aligné la rémunération des nouveaux enseignants sur la grille générale des fonctionnaires. Le coût de cette mesure était de 52 milliards de FCFA par an ;

 

– Décret 2001-208 du 7 Janvier 2001, portant répartition des fonds générés par les Greffes des tribunaux ;

 

– La même année, une augmentation du salaire des fonctionnaires de la police dont le salaire avait connu une hausse nette de 37000 FCFA par mois. Le coût de cette mesure était de 21 milliards de FCFA par an ;

 

–  En 2007, l’instauration d’une indemnité contributive de 40 000 FCFA par an aux enseignants du primaire. Coût 17 milliards de FCFA ;

 

– Adoption d’un nouveau profil de carrière pour les enseignants du primaire

 

– Loi N° 2007-669 du 27 décembre 2007 portant Statut du Corps Diplomatique ;

 

– Décret 2008-15 du 11/02/2008 déterminant le traitement, les indemnités des magistrats en fonction ou à la retraite. Ce décret a augmenté substantiellement la rémunération et les avantages des magistrats ;

 

– Décret 2008-03 du 4 janvier 2008 qui a vu à la hausse la situation salariale et les indemnités du personnel de la santé (médecins, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, techniciens de laboratoire) ;

– Ordonnance 2008-220 du 20/7/2008 portant régime indemnitaire particuliers du personnel de la Douane ;

– Décret 2008-171 du 20/5/2008 portant régularisation de la situation administrative et reclassement indiciaire des Préfets de Régions, de Département, des SG de Préfectures et des Sous-Préfets. Les effets financiers de ce décret devraient courir à partir de janvier 2009. Mais, pour tenir compte des contraintes budgétaires alors imposées au pays pour atteindre le point d’achèvement du programme PPTE, ces effets ont été reportés après les élections de 2010. C’est finalement en 2018 qu’ils ont été effectifs.

 

A cela il convient de relever :

– la revalorisation du salaire du personnel des Affaires maritimes et portuaires ;

– la revalorisation du salaire du personnel des Eaux et Forêts ;

– le Relèvement du niveau de recrutement du personnel des établissements pénitenciers (Voir discours du Président Laurent GBAGBO lors de la rencontre avec les enseignants le 14 mars 2009).

 

𝟰. 𝗣𝗿𝗼𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗲𝘁 𝗿𝗲𝗰𝗼𝗺𝗺𝗮𝗻𝗱𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗱𝘂 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜

 

Le PPA-CI recommande au gouvernement :

–  De revoir sa politique budgétaire en arrêtant la fuite en avant caractérisée par des annonces aux effets uniquement propagandistes ;

– D’accorder une oreille attentive aux critiques et recommandation de la Cour des comptes ;

– D’arrêter la spirale infernale de l’endettement ;

– De diminuer son train de vie. Il importe aujourd’hui de faire une étude interrogative sur la nécessité de l’existence de certaines institutions de l’Etat. En tout cas, le PPA-CI s’y attèlera en priorité une fois reconquis le pouvoir d’Etat en 2025. Dans le même sens, la flotte des aéronefs de la Présidence de la République, la plus importante de tous les régimes qui ont dirigé la Côte d’Ivoire, constitue une illustration du caractère dispendieux de l’Etat ivoirien. Il en est de même de la floraison des véhicules de luxe et l’élargissement des bénéficiaires de ces véhicules dans les ministères et les administrations publiques.

 

A la Cour des Comptes, le PPA-CI recommande l’exercice plein et entier de son pouvoir de contrôle sans se laisser influencer par les considérations d’ordre politique. A ce propos, le PPA-CI trouve particulièrement aliénant pour cette importante Cour, ses prestations de serment à la Présidence de la République. Un corps du pouvoir judiciaire n’a pas à s’aliéner au pouvoir Exécutif.

Mesdames et messieurs les journalistes, le PPA-CI, fondamentalement attaché à la patrie ne peut clore cette tribune sans penser à 46 de nos soldats encore dans les liens de la détention par la justice malienne qui leur reproche des choses graves. Nous continuons de prier pour leurs familles et continuons de croire que la crise entre notre pays et le pays frère du Mali connaîtra un dénouement heureux afin que ces soldats retrouvent leur pays.

C’est le sens du message que son Excellence le Président Laurent GBAGBO a adressé le 31 Août dernier à Mama. Le Président a offert ses services et ceux de son parti au Chef de l’Etat afin d’apporter sa contribution à la résolution de cette crise. Sur ce point bien précis, les règles de la République veulent que ce soit le Chef de l’Etat qui prenne ce genre d’initiatives d’associer toutes les compétences à la résolution des crises qui touchent un pays. C’est parce que le Chef de l’Etat n’a pas pris une telle initiative à l’endroit de ses deux prédécesseurs, que le Président Laurent GBAGBO, fondamentalement attaché à la paix en Côte d’Ivoire et dans la sous-région, lui a fait l’offre de façon publique. Comprendre autrement cette démarche pleine de responsabilité, c’est ignorer le fonctionnement de l’Etat dans une république. La crise entre les deux pays frères de la Côte d’Ivoire et du Mali nous oblige à plus d’humilité.

 

Par ailleurs, les différentes démolitions de maisons qui se situeraient sur le tracé du métro qui ont semé le désarroi dans de nombreuses familles ont retenu l’attention du PPA-CI. Le Président du parti et l’ensemble des militants apportent leur compassion aux familles en détresse en cette période de rentrée scolaire. Dans un contexte d’inflation que le gouvernement n’arrive pas à contrôler, expulser ces familles de leur maison constitue une attitude très sévère de la part du gouvernement. Le contexte de fragilité économique marquée par la cherté de la vie devrait amener le gouvernement à différer ces démolitions. En toute circonstance, le PPA-CI recommande au gouvernement de privilégier le bien-être de nos concitoyens les plus fragiles de par leurs conditions sociales.

 

Mesdames et messieurs les journalistes, une fois encore merci pour votre présence.

 

𝗔𝗯𝗶𝗱𝗷𝗮𝗻, 𝗹𝗲 𝗝𝗲𝘂𝗱𝗶 𝟮𝟮 𝘀𝗲𝗽𝘁𝗲𝗺𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟮

 

𝗟𝗲 𝗣𝗼𝗿𝘁𝗲-𝗣𝗮𝗿𝗼𝗹𝗲 𝗱𝘂 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜

𝗟𝗲 𝗺𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁𝗿𝗲 𝗝𝘂𝘀𝘁𝗶𝗻 𝗞𝗮𝘁𝗶𝗻𝗮𝗻 𝗞𝗢𝗡𝗘

 

𝗦𝗘𝗥𝗩𝗜𝗖𝗘 𝗖𝗢𝗠𝗠𝗨𝗡𝗜𝗖𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡 𝗣𝗣𝗔-𝗖𝗜

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